Cette proportion de travailleurs qui n'ont pas intérêt financièrement à travailler est surestimée. On a demandé aux bénéficiaires du RMI ne recherchant pas d’emploi la raison de leur non-recherche. Seulement 3% d'entre eux invoquent des raisons financières : les gains obtenus en travaillant seraient trop faibles. Mais 44% évoquent des raisons de santé. Les problèmes de transport, de formation ou de garde d'enfants sont également beaucoup cités.
Deux tiers des bénéficiaires du RMI recherchent un emploi de manière active. Ils veulent travailler mais le plus souvent ils n’en trouvent pas… faute d’emploi. [...] En termes d'incitation au travail, le résultat est négatif.
Il faut avant tout jouer sur l'offre de travail. C'est-à-dire sur les entreprises. Il faut investir dans la formation continue, dans une politique de transport, voire créer des emplois publics. [...]
Dans la lutte contre le chômage, une erreur de diagnostic est commise. Si les bénéficiaires du RMI ne travaillent pas, ce n'est pas parce qu'ils ne cherchent pas de travail mais parce qu'ils ne sont pas capables de travailler en raison de problèmes de transports, de santé, de logement ou de contraintes familiales. Il faut traiter ces questions-là en priorité pour les aider.
Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, interviewé par Le Nouvel Obs
Guillaume Allègre a également pointé les effets pervers du RSA sur les femmes => LIRE ICI
Et n'oublions pas que Martin Hirsch, à la parution de l'étude TNS-Sofres de décembre 2007 sur la situation des RMIstes face à l'emploi qu'évoque Guillaume Allègre, avait déclaré :
«Une grande partie de ces personnes ne sont pas éloignées de l'emploi, c'est l'emploi qui s'est éloigné d'elles»...
=> NOTRE DOSSIER sur le RSA
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Commentaires
• Le retour à l'emploi semé d'embûches
Une étude de la CNAF parue en avril 2008 souligne les principaux freins qui bloquent les chômeurs aux minima sociaux (RMI, API, ASS).
• Les chômeurs et les RMIstes n’ont nul besoin d’«incitations au travail»
Inspiré par le sondage commandé par Martin Hirsch sur les freins au retour à l'emploi des RMIstes, l'économiste Jean Gadrey revendiquait la réhabilitation des vrais emplois, correctement rémunérés, seul moyen de lutter efficacement contre le chômage et la pauvreté. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Quel jugement portez-vous sur le RSA ?
Un jugement nuancé : cela réduira (un peu) la pauvreté laborieuse, mais avec le risque d'augmenter les miettes d'emploi.
Pensez-vous que le RSA encouragera les employeurs à proposer des emplois à temps partiel ?
Le risque existe. Certains emplois à temps très partiel qui ne trouvent pas preneurs aujourd'hui pourraient bien, demain, être pourvus, car un complément de revenu social sera versé à ceux qui les occuperont. Non seulement les salariés seront plus enclins à les accepter mais, probablement, ils seront contraints de le faire. Dans la nouvelle logique de droits et de devoirs, il y aura davantage de pression sur les candidats pour qu'ils acceptent ces emplois, qui sont paupérisants. L'Etat est déjà complice de cela puisqu'il incite, par des déductions fiscales et des baisses de cotisations sociales, les particuliers à multiplier ces emplois. Deux secteurs d'activité sont très exposés : les services à domicile (où la durée de travail hebdomadaire moyenne est de 8 heures) et l'hôtellerie-restauration. La France compte déjà 1,75 million de travailleurs pauvres.
Craignez-vous un blocage des salaires ?
Non, mais le RSA pourrait avoir un effet indirect. La plupart des emplois qui seront occupés par les bénéficiaires du RSA seront à des niveaux proches du Smic. Or les salariés au Smic permettent de forts allègements de cotisations. Cela incite les employeurs à ne pas augmenter les salaires pour ne pas perdre ces avantages. Ce mécanisme pervers risque donc de s'accentuer.
L'Etat doit-il subventionner des emplois paupérisants ? Faut-il plutôt sanctionner les entreprises qui les proposent ?
Il faut subventionner l'emploi au bénéfice des personnes qui n'arrivent pas à en trouver car l'employeur les soupçonne d'une productivité faible. Mais il faut aussi sanctionner les employeurs qui profiteraient du RSA pour multiplier les emplois indignes. On doit manier à la fois la carotte et le bâton.
L'absence, dans le projet de loi RSA, d'obligations pour les employeurs est une lacune. Il faut obliger les branches à ouvrir des négociations sur les bas salaires et la réduction des emplois à temps partiel. Il faut aussi imposer une évaluation annuelle de la réforme pour vérifier que les emplois précaires ne se multiplient pas.
Pourrait-on limiter les effets pervers potentiels du RSA ?
Oui, en commençant à verser le RSA à partir d'un tiers-temps et non dès la première heure de travail, comme prévu. Verser le RSA à partir de onze heures trente de travail hebdomadaire moraliserait le marché du travail et permettrait d'allouer un complément de revenu plus élevé. Les salariés incités à occuper des emplois d'une durée inférieure pourraient légitimement les refuser, puisqu'ils ne seraient pas éligibles au RSA.
Pour ne pas pénaliser les plus en difficulté, ceux qui ne sont pas en mesure de reprendre tout de suite un emploi à temps plein – ou même à mi-temps –, on pourrait imaginer que des associations spécialisées ou des chantiers d'insertion les aident dans leurs premiers pas sur le marché du travail.
Le RSA va-t-il faire baisser le taux de pauvreté ?
Ce n'est pas une arme telle qu'elle permette à plus de 1 million de personnes de sortir de la pauvreté. Si on arrive à 500.000, ce sera bien. La mesure que je propose (réserver le RSA aux gens qui travaillent au moins un tiers-temps) permettrait, avec la même somme dépensée, de sortir 800 à 900.000 personnes de la pauvreté.
Ces chiffres paraissent faibles au regard de l'ambition du gouvernement de faire baisser la pauvreté d'un tiers d'ici à 2012…
C'est peu, sauf qu'il peut y avoir une dynamique. Aujourd'hui stagnent dans la pauvreté des gens qui n'ont pas accès à l'emploi. Le RSA peut avoir un rôle incitatif. Néanmoins, les freins au retour à l'emploi sont très peu monétaires. Ils sont bien davantage liés aux problèmes de mobilité, de santé ou de garde d'enfant. La dynamique ne sera enclenchée que si l'Etat et les partenaires sociaux font un très gros effort de formation et de soutien envers les personnes les plus en difficulté, qui sont aujourd'hui complètement laissées à l'abandon.
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation | Citer