[...] Il s'agit d'un formidable marché de dupes. L'Etat laisse le soin aux pauvres de financer une réforme pour les pauvres : il va récupérer la prime de Noël, une partie des droits connexes qui étaient liés à la perception du RMI — exonération de la taxe d'habitation, de la redevance audiovisuelle… —, la prime exceptionnelle de retour à l'emploi (1.000 €), et une partie des fonds alloués à la prime pour l'emploi (PPE).
Deuxième marque d'un profond cynisme : le transfert de nouvelles charges aux départements. Certes, le projet de loi prévoit que l'Etat supportera la totalité du surcoût lié au nouveau dispositif mais, en réalité, il laisse le département financer l'allocation de parent isolé (API) qui est actuellement à sa charge (8,3 millions d'euros en Ille-et-Vilaine). Dans ce jeu de dupes, l'Etat gagnerait 5,3 millions d'euros sur le dos du département ! C'est du pur cynisme.
Deuxième tromperie : cette généralisation sera d'une inefficacité totale. Le barème de calcul de la prestation qui sera retenu a toutes les chances d'être moins favorable aux allocataires que celui qu'expérimentent actuellement les départements. Chez nous, lorsque les revenus d'un foyer augmentent de 100 € grâce à l'emploi, la prestation RSA diminue seulement de 30 €. Le gouvernement, qui veut dépenser le moins possible, a parlé d'une diminution comprise entre 35 et 40 €. L'incitation au retour à l'emploi sera donc bien moindre.
Le RSA est un bon système, à condition qu'on y mette l'argent. Or, au-delà des économies réalisées sur les pauvres eux-mêmes, il va encore falloir trouver 1,5 milliard d'euros. Et personne n'est capable de nous dire d'où viendra cet argent. Dans un tel contexte, nous pourrions envisager de cesser l'expérimentation.
(Source : Le Monde)
La date d’entrée en vigueur du RSA, tout comme son financement global, restent encore à déterminer. Le projet de loi doit être présenté en Conseil des ministres le 3 septembre, puis examiné par le Parlement à partir du 22 septembre.
A lire également => RSA : un premier bilan plutôt consternant…
Articles les plus récents :
- 01/09/2008 14:55 - Commerzbank-Allianz : un cas d'école
- 28/08/2008 22:16 - Déclassement : les quadras sur la touche
- 28/08/2008 12:25 - L’Allemagne expérimente le «plein-emploi»
- 27/08/2008 09:45 - Emploi : 6 millions de Français insatisfaits de leur situation
- 26/08/2008 11:22 - Petits arrangements autour de l'augmentation des heures sup’
Articles les plus anciens :
- 18/08/2008 17:49 - L'emploi, victime de sa précarisation
- 18/08/2008 17:16 - Allemagne : des chômeurs au service de malades mentaux
- 14/08/2008 05:02 - Prime pour l'emploi, un effet redistributif très limité
- 13/08/2008 18:06 - Retraite : un rachat de trimestres discriminatoire
- 12/08/2008 14:47 - Le centre de rétention construit par des clandestins






Commentaires
"Les informations qui circulent dans la presse (…) pourraient laisser croire que Nicolas Sarkozy se serait transformé en Robin des Bois prenant aux riches pour aider les pauvres, explique t-il dans un communiqué. Il convient dans cette opération de communication de regarder la réalité. Le président a fait voter, dans son paquet fiscal, un bouclier à 50%. Les plus riches ne seront donc pas concernés par la mesure envisagée. Les classes moyennes seront touchées pour peu qu’elles aient placés quelque argent en prévision des accidents de la vie (décès, chômage…). Les personnes modestes (par exemple, les veuves d’agriculteurs en milieu rural), propriétaires de petits biens qu’elles louent seront taxées alors qu’elles ne sont généralement pas imposables. D’une manière générale, quid de la répercussion de cette taxe sur les loyers par les bailleurs privés ?"
Jean-Louis Tourenne s'alarme également, dans le cadre du projet de RSA, de "l’absence de clarification sur le transfert de charges" sur les départements qui pourrait, selon lui, ne pas être intégralement compensé.
Jean-Louis Tourenne est le seul socialiste à ne pas surfer sur la vague du RSA. Répondre | Répondre avec citation | Citer