Le marché de l'emploi est en train de payer sa dépendance croissante aux contrats précaires, et notamment au travail temporaire. Lui qui avait contribué, pour un quart, aux créations d'emploi du premier trimestre (+ 70.700 postes), a détruit pas moins de 45.200 postes au deuxième (- 6,8%), entraînant dans sa chute le secteur tertiaire (- 0,1%) et le marché du travail en général (- 0,1%) et ce, pour la première fois depuis dix-huit trimestres.Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, a assuré jeudi que ces chiffres ne constituaient pas une «surprise» et ne devaient pas aboutir au «catastrophisme». La chute est, il est vrai, contenue : la France a détruit 12.200 postes en l'espace de trois mois, ce qui permet de maintenir une croissance de 1,1% en rythme annuel, selon les chiffres publiés jeudi par l'INSEE.
Prévisions moins réalistes
Mais en plus de contraster avec le "dynamisme" de 2007 (352.000 créations de postes… dont 80% précaires), cette contre-performance n'augure rien de bon pour les trimestres qui viennent : «Les destructions d'emploi dans l'intérim ne seront pas aussi massives au troisième trimestre. Mais ce sont autant de contrats précaires qui ne seront jamais transformés en CDI», souligne Mathieu Kaiser, économiste chez BNP Paribas.
Cela rend un peu moins réalistes les prévisions de l'INSEE, qui table sur 193.000 créations d'emploi cette année, soit plus de trois fois que les 58.500 observés au cours du premier semestre. Estimé à 7,2% au premier trimestre, le taux de chômage pourrait ainsi franchir à nouveau la barre de 7,5%, voire de 8%, redoute Marc Touati (Global Equities). Après avoir longtemps fait de l'emploi une de ses principales réussites en matière d'économie, le chef de l'Etat ne dispose plus d'aucun indicateur pour incarner le «choc de confiance». Le retour au plein-emploi, promis à l'horizon 2012, n'en paraît que plus difficile à atteindre...
Reporter des réformes
Dans ce contexte, le gouvernement aura également bien du mal à justifier une contraction de 5% du budget de l'emploi l'an prochain, et de 15% d'ici à 2011. A l'heure des grands arbitrages budgétaires, les syndicats et l'opposition se montreront particulièrement attentifs aux crédits alloués aux contrats aidés et à l'accompagnement des chômeurs.
Le calendrier des réformes risque de s'en trouver, lui aussi, un peu perturbé. Les partenaires sociaux disposent d'un argument de poids pour reporter, d'au moins quelques mois, le transfert d'une partie des cotisations chômage vers les caisses de retraite. François Fillon a déjà annoncé une hausse de 0,3% des cotisations vieillesse au 1er janvier 2009. Le renforcement du contrôle des chômeurs, qui a fait l'objet d'une nouvelle loi cet été, devra en outre être mis en œuvre alors que les offres proposées par l'ANPE se raréfient. La préoccupation du chômage, qui était passée au second plan derrière le pouvoir d'achat, sera un thème d'actualité cet automne.
(Source : Les Echos)
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Commentaires
Pas de bonnes nouvelles en perspectives sur le front de l'emploi dans l'Hexagone. Dans un entretien accordé à notre journal, le président du groupe de travail temporaire Adecco en France, François Davy, n'exclut pas que "le chômage reparte à la hausse" cette année au vu de la décrue du recours à l'intérim dans les entreprises.
Car si dans l'intérim, souvent considéré comme un indicateur avancé de l'emploi, "le premier trimestre 2008 a été bon", "la tendance s'est inversée brutalement en mai". "La décrue se poursuit au troisième trimestre et nous avons la certitude que le quatrième trimestre sera également en retrait", explique le dirigeant.
"Dans l'ensemble sur 2008, le marché de l'intérim sera en décroissance". De fait, le dirigeant affirme qu'il ne serait pas "étonné que le chômage reparte cette année à la hausse". L'année 2009 s'annonce également difficile : "Nous ne sommes pas trop optimistes", juge François Davy.
Le président d'Adecco France livre également un bilan mitigé sur les heures supplémentaires pour l'intérim. Il juge que "pour les employeurs, il est toujours plus contraignant d'avoir recours aux heures supplémentaires que de faire appel à l'intérim". A ses yeux, l'impact de ces mesures sera donc limité" car "le seul vrai moteur, c'est la croissance" et "les heures supplémentaires coûtent tout de même plus cher à l'employeur".
Quant à l'effet de la loi réformant le temps de travail, il explique qu’"on peut penser que plus les salariés ont la possibilité de travailler longtemps, plus cela impacte directement l'intérim". "Ce n'est pas toujours si simple. Ce dont les entreprises ont vraiment besoin, c'est de réactivité : on prend un marché, on y va et s'il n'est pas renouvelé, on réduit la voilure", explique-t-il.
(Source : La Tribune) Répondre | Répondre avec citation | Citer