
Dans un entretien accordé à MédiaPart, Eva Joly met directement en cause Nicolas Sarkozy, décrivant «dans cette histoire un président de la République qui donne des instructions dans l'intérêt non pas de l'Etat mais dans celui de ses alliés politiques ou de ses amis». «Le fait d'avoir recours à la justice privée non transparente est tout à fait extravagant quand les deniers publics sont en jeu», estime l'ancienne juge d'instruction.
Pour Eva Joly, qui a notamment instruit dans les années 90 l'affaire Elf, ainsi que plusieurs dossiers liés à Bernard Tapie dont les conditions de vente d'Adidas, le recours à cette procédure arbitrale «est extravagant et exceptionnel». «Il n'y a pas de précédent en France», ajoute-t-elle. «Je pense que celui ou ceux qui ont donné l'instruction de faire ceci ont mis l'intérêt supérieur des amis au-dessus des intérêts supérieurs de l'Etat», déplore l'ancienne magistrate.
Eva Joly, qui a la double nationalité franco-norvégienne, vit depuis plusieurs années en Norvège, son pays d'origine, où elle est conseillère en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment. Selon elle, «on doit avoir beaucoup de respect pour l'argent public». «Prendre le risque d'un arbitrage privé où il n'y a pas de contrôle, où ce n'est pas transparent, où les citoyens ne peuvent pas savoir, n'est pas une pratique démocratique», met en garde Eva Joly.
Eva Joly relève que «nous n'avons pas dans notre Constitution une procédure qui permette d'engager la responsabilité» du chef de l'Etat, qui jouit par ailleurs d'une immunité judiciaire durant la durée de son mandat. «On voit là qu'il y a un écart très grand entre l'apparence affichée par le président de la République, qui dit vouloir moderniser la vie publique en modernisant la Constitution, et la réalité de l'exercice du pouvoir, où jour après jour, il y a un abus de pouvoir», remarque-t-elle.
(Source : Libération)
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Après la décision le 11 juillet du tribunal arbitral, M. Bayrou a dénoncé la "collusion entre Nicolas Sarkozy et Bernard Tapie". Interrogé dans Le Monde du 22 juillet, ce dernier avait rétorqué : "Bayrou, la seule chose qu'il sait faire, c'est répéter qu'il est un martyr, que les médias et les puissances d'argent ne l'aiment pas, que tout le monde est à mettre dans le même sac et qu'il se battra seul contre tous. C'est la même posture populiste que Le Pen, sans les idées. Du Le Pen propre".
Répondant à ces "insultes" en "dix affirmations", François Bayrou se demande notamment dans sa tribune si c'est au "contribuable français qu'il revient de payer les dettes d'un particulier qui équivalent au déficit des hôpitaux publics".
Dans cette affaire, déplore-t-il, il n'y a "pas eu de décision de justice" mais une "décision politique", la procédure d'arbitrage étant "une procédure privée destinée au monde des affaires". Les principes de l'Etat de droit, poursuit M. Bayrou, ont été "foulés aux pieds". C'est "par crainte de décisions de justice défavorables à M. Tapie que le sommet de l'Etat a imposé une telle procédure d'arbitrage, sans appel possible", a-t-il affirmé.
La somme de 285 millions d'euros, a fait valoir le président du MoDem, "c'est l'équivalent de la totalité des salaires annuels des 11.000 postes d'enseignants supprimés cette année". Avec "les intérêts, on atteint 400 millions, cela représente une somme suffisante pour effacer l'essentiel du déficit des hôpitaux publics du pays".
Et "pendant ce temps", ajoute le député des Pyrénées-Atlantiques, "on pressure les pauvres gens jusqu'au dernier centime. On va supprimer les allocations aux chômeurs qui refuseront un emploi trop éloigné de chez eux ou sous-payé (…) Les faibles sont sans défense, mais le pouvoir enrichit avec complaisance ses affidés".
En définitive, "le problème, ce n'est pas M. Tapie, c'est l'Etat et ceux qui sont à sa tête", conclut M. Bayrou.
(Source : Le Nouvel Obs) Répondre | Répondre avec citation | Citer
L'homme d'affaires devrait donc toucher 285 millions d'euros, dont 45 millions de préjudice moral, à l'issue du long bras de fer qui l'a opposé au Crédit Lyonnais dans l'affaire Adidas.
Le tribunal arbitral, chargé de solder le litige opposant depuis 13 ans, dans le dossier Adidas, Bernard Tapie et le Consortium de réalisation (CDR), gérant le passif du Crédit Lyonnais, avait condamné le 11 juillet ce dernier à verser 285 millions d'euros à l'homme d'affaires.
Bernard Tapie ne devrait toucher qu'une partie de cet argent, comprise entre 20 et 22 millions d'euros, selon ses affirmations. A Bercy, on indique simplement que «le solde net» que touchera l'homme d'affaires «ne sera connu qu'en septembre, compte-tenu de ses dette fiscales et sociales».
(Source : Libération<)
Lire aussi => Une manière de gouverner jusqu’à l’écœurement Répondre | Répondre avec citation | Citer