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Accueil s'informer La revue de presse Nucléaire : conditions de travail et sous-traitance

Nucléaire : conditions de travail et sous-traitance

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Après la contamination d'une centaine d'employés à la centrale du Tricastin, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) dénonce la dégradation des conditions de travail dans la filière.

La Criirad tire la sonnette d'alarme sur les conditions de travail dans le secteur nucléaire : en quinze jours, 126 salariés dont 90% employés par des sociétés sous-traitantes ont été contaminés. Selon la Commission de recherche, toute contamination, même en-deçà des limites légales, comporte un risque. Entretien avec Roland Desbordes, président de la Criirad.

Où se sont produites ces contaminations ?
126 personnes, pour la plupart des sous-traitants, ont été contaminées alors qu'elles intervenaient sur différents sites nucléaires EDF, sept le 11 juillet à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), quatre le 12 juillet à la centrale de Gravelines (Nord), quinze le 18 juillet à Saint-Alban-Saint-Maurice (Isère) et cent salariés mercredi dans un réacteur du Tricastin (Drôme). Et il faut savoir que dans la filière nucléaire, les contaminations accidentelles ne sont pas déclarées comme accidents du travail alors qu'elles le devraient.

Mais quelle est la gravité ? Pour les 97 travailleurs à Tricastin, EDF évoque une "faible" contamination, "sans impact pour la santé" et de "faibles traces inférieures au quarantième de la limite réglementaire"...
"Faibles traces, faible contamination", c'est aberrant sur le plan scientifique, cela ne veut rien dire. Soit on est contaminé et on peut identifier et quantifier, soit on ne voit rien et on dit qu'on est en dessous du seuil de détection. Sur ce qui s'est passé au Tricastin mercredi, il nous manque encore plein d'informations : quels sont les radioéléments identifiés ? Quels niveaux de contamination ? Les travailleurs étaient-ils protégés par des équipements spéciaux ? EDF ne le précise pas.
En outre, la limite réglementaire annuelle d'exposition à la radioactivité est effectivement de 20 milliSieverts par an, mais ce n'est pas le niveau à partir duquel le risque commence, mais un niveau de risque maximum considéré comme admissible ! Ce qu'on peut dire, c'est qu'une contamination même faible augmente la probabilité de développer un cancer, d'un pourcentage faible mais réel. En outre, en matière de contamination, on ne remet jamais les compteurs à zéro. Toute irradiation peut provoquer des lésions cellulaires; certaines cellules guériront spontanément, d'autres peuvent être à l'origine de cancers.

Est-ce une série noire depuis quinze jours au Tricastin ?
Non, pas du tout. Ce n'est pas exceptionnel. Ce qui est exceptionnel, c'est depuis quinze jours une nouvelle sensibilité médiatique et citoyenne à ces événements. Très salutaire après des décennies d'indifférence ! Beaucoup de gens découvrent la réalité du nucléaire et des conditions de travail dans la filière.
Il se produit environ 2 à 3 incidents par jour en moyenne dans les centrales françaises, certains tout à fait bénins, d'autres plus graves mais tous ne sont pas recensés. Or c'est une filière qui demande plus d'attention et de vigilance que d'autres filières industrielles. L'accident grave est très rare mais il est toujours l'aboutissement d'écarts de conduites, d'incidents… qui doivent donc être considérés comme des signaux d'alerte. Il est vrai que les incidents surviennent surtout durant l'été parce que c'est la période durant laquelle on arrête les centrales nucléaires, la consommation d'électricité baissant. On appelle cela une période d'arrêt de tranche. Et c'est durant cet arrêt de tranche qu'on fait intervenir les entreprises sous-traitantes pour les opérations de maintenance, nettoyage ou rechargement de combustible. Pour cela, il faut ouvrir le bâtiment du réacteur - toujours fermé d'ordinaire - durant un mois environ. Les risques de contamination concernent donc presque exclusivement cette période et par conséquent, touchent essentiellement les intérimaires des entreprises sous-traitantes.

Vous recevez de plus en plus de d'appels de travailleurs du nucléaire.
Depuis deux ans, les conditions de travail durant ces arrêts de tranche se sont dégradées pour deux raisons. D'abord, EDF a décidé de ne plus faire appel aux entreprises sous-traitantes habituelles dont le personnel était habitué à faire ces opérations de maintenance et connaissait les centrales. Pour réduire les coûts, ils ont fait appel à des sociétés moins disantes. Un dumping des prix qui a abouti à une moindre qualité du travail effectué. Et toujours par souci d'économie, EDF a raccourci les arrêts de tranches de un mois à trois semaines. Les travailleurs qui nous appellent expriment un profond désarroi et leurs craintes quant à la sûreté des installations.

(Source : Libération)

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Mis à jour ( Mardi, 22 Juin 2010 02:16 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2008-07-25 10:03 Après la série d’incidents qui a touché les centrales nucléaires françaises depuis plusieurs jours, les voix des syndicats s’élèvent contre le recours, de plus en plus systématique, à la sous-traitance pour les opérations de maintenance des sites.

Tout en affirmant ne pas vouloir faire de lien direct avec les incidents, Jean-Luc Sylvain (CGT mines-énergie) note ainsi que «80% des salariés chargés de la maintenance sont des sous-traitants». Une proportion qui s'est inversée en 15 ans, puisqu'ils n'étaient que 20% au début des années 90.

Gestes exposés

Le syndicaliste ajoute : «Ces salariés subissent 70% des doses irradiantes et des accidents du travail. Ce sont eux qui réalisent les gestes les plus exposés.» Également pointés du doigt par les syndicats, les délais d'intervention : «C'est un objectif de la direction d'EDF de raccourcir le plus possible la durée des arrêts pour maintenance, ce qui entraîne une pression plus importante sur les salariés», poursuit Jean-Luc Sylvain.

22.000 prestataires

En octobre dernier, la CGT, qui réclame avec la CFTC une table-ronde sur le nucléaire, avait critiqué le mépris d'EDF avec ces salariés «jetés comme de vulgaires kleenex». Elle avait soutenu en février une grève de la faim de neuf sous-traitants pour conserver leur emploi à la centrale de Cruas (Ardèche). Près de 22.000 prestataires interviennent aux côtés de 19.000 agents EDF sur les 19 centrales nucléaires françaises.

(Source : Le Télégramme)
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