Pour les salariés soumis aux 35 heures

La durée légale du travail reste de 35 heures par semaine. Mais l'employeur peut désormais dénoncer la convention d'entreprise fixant les modalités d'application du temps de travail. Si un nouvel accord d'entreprise est voté (en fonction des nouvelles règles de représentativité syndicale), la durée annuelle du travail pourra atteindre 2012 heures qui se répartissent comme suit :
• 1607 heures de durée légale,
• 405 heures supplémentaires par an. Ce contingent d'heures sup’ était auparavant fixé au niveau des branches professionnelles et ne pouvait dépasser 220 heures par an. Dorénavant, il sera négocié au sein des entreprises et pourra donc atteindre 405 heures annuelles (avec un maximum de 48 heures hebdomadaires, limite imposée pour des raisons de santé publique).
Avec la nouvelle loi, le temps de travail est annualisé. Cela signifie qu'il peut y avoir des pics d'activité durant lesquels l'employeur peut avoir recours aux heures supplémentaires… si les 1607 heures de durée légale sont atteintes, mais aussi des périodes où le salarié travaille moins. Les heures sup’ seront payées 25% en plus.
Pour les salariés soumis au forfait jours
Le système de «forfait jours» a été mis en place pour les salariés qui dépassent souvent les 35 heures hebdomadaires et dont le temps de travail ne peut pas être mesuré quotidiennement. Le Code du travail estime ainsi que 35 heures hebdomadaires correspondent à 218 jours de travail par an pour un salarié au forfait. Ce système concerne 10% des salariés français et 40% des cadres.
Aujourd’hui, les cadres soumis au forfait jours travaillent en moyenne 215 jours par an. Ils bénéficient au minimum de 12 jours de RTT, cinq semaines de congés payés, et huit jours fériés chômés en plus des samedis et dimanches. Avec la nouvelle loi, les entreprises pourront proposer aux cadres de travailler 235 jours par an, voire jusqu’à 282 jours (le plafond maximum fixé par la législation européenne). Cela signifie que les cadres pourraient devoir renoncer à leurs RTT ainsi qu’aux jours fériés comme Noël, le 14 juillet ou le 15 août. Seul le 1er mai restera chômé. Au delà de 218 jours, la rémunération doit être majorée de 10%.
Tout se jouera au niveau des négociations d'entreprise. Dans les grandes entreprises, les DRH ne devraient pas remettre en cause les accords conclus auparavant. Les syndicats y ont de l'influence et n'accepteront vraisemblablement pas de négocier une durée de travail comprise entre 218 et 282 jours par an. Par ailleurs, les difficultés de recrutement dans ce secteur devraient inciter à la prudence et ne pas conclure d'accords trop défavorables aux cadres. En revanche, dans les petites entreprises où les syndicats sont souvent absents, l'employeur pourrait bien considérer le nouveau plafond (235 jours) comme la norme. Dans ce cas, les RTT et les jours fériés chômés n'existent plus.
Le contrat de gré à gré
La nouvelle loi permet également à l'employeur de négocier individuellement avec ses salariés. Chaque année, il peut proposer à chacun de travailler plus que le nombre de jours fixés par l'accord, en échange de compensations. Les syndicats s'inquiètent de ce nouveau système, estimant que le rapport de force sera défavorable au salarié.
Sylvain Mouillard pour 20 Minutes
NDLR Actuchomage : il est important de rappeler que, contrairement à ce qu'ont insinué le président de la République et son ministre du Travail sur le «volontariat» des salariés, ceux-ci ne peuvent pas refuser les heures supplémentaires que leur employeur demande d'effectuer, cette injonction relevant de son pouvoir de direction.
=> ATTENTION !!! Cette loi permet immédiatement à un employeur de dépasser le contingent d’heures supplémentaires applicable à son entreprise sans négociation, ni accord de ses représentants du personnel, ni autorisation de l’Inspection du travail : lire en commentaire…
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Commentaires
La nouvelle loi augmente le contingent d'heures supplémentaires . Etait-ce nécessaire ?
Seuls 37% des salariés ont actuellement recours aux heures supplémentaires . Cela s'explique par le contexte économique (croissance faible, chômage élevé). Les entreprises n'ont pas besoin d'y recourir. La nouvelle loi ne devrait donc pas changer grand chose, à part dans certains secteurs comme le bâtiment, l'hôtellerie ou la restauration.
Que risque-t-il de se passer ?
Désormais, le temps de travail sera défini entreprise par entreprise. Tout dépendra donc du rapport de force à l'intérieur. Le risque, c'est pour les entreprises où il n'y a pas de syndicats. Il pourrait y avoir une course au moins disant social dans certains secteurs et dans des petites entreprises industrielles, soumises à la concurrence internationale et sous la menace d'une délocalisation.
Cela risque d'aboutir à un marché du travail à deux vitesses.
Les RTT des cadres sont-elles menacées ?
Il faut rappeler que seuls 10% des salariés sont soumis aux forfaits jours, majoritairement des cadres. Leur situation dépendra des négociations. Le nouveau plafond de 235 jours pourrait concerner les cadres des petites entreprises. En revanche, dans les grandes entreprises où les syndicats sont présents, les cadres sont relativement protégés. Ils bénéficient aussi du faible taux de chômage dans ce secteur (3,8%) qui incite les employeurs à leur offrir de bons contrats. Par ailleurs, il faut noter que les cadres n'ont pas envie de travailler plus pour gagner plus : seuls 10% d'entre eux déclaraient dernièrement souhaiter monétiser leurs RTT.
Quels effets pourrait avoir la loi au niveau macroéconomique ?
Elle n'apportera pas de regain de croissance. Les patrons ne choisissent de proposer des heures sup’ que s'il y a davantage d'activité, or ce n'est pas le cas. Cela ne profitera donc pas non plus au pouvoir d'achat. Enfin, la loi ne s'attaque pas au problème de l'emploi des jeunes et des seniors : ce n'est pas en augmentant le travail effectué au cours d'une année qu'on augmentera celui effectué tout au long de la vie. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Interrogé pour savoir si un employeur pourrait imposer jusqu’à 405 heures supplémentaires par an à ses salariés, Xavier Bertrand a d’abord répondu «imposer, certainement pas», affirmant que «quand on voudra changer les choses, il faudra négocier au plus près du terrain, dans l’entreprise».
Mais, a-t-il ensuite ajouté, «oui c’est vrai, il ne sera plus bloqué par les contingents actuels», confirmant ainsi que la loi permettait immédiatement à un employeur de dépasser le contingent d’heures supplémentaires applicable à son entreprise, sans négociation, ni accord de ses représentants du personnel. Les salariés ne peuvent pas refuser des heures supplémentaires car cela relève du pouvoir de direction de l’employeur.
«Regardez la situation aujourd’hui, vous avez des entreprises qui disent qu’elles sont bloquées par les contingents, par exemple dans le secteur du bricolage où l’on a 130h/an supplémentaires . Si vous avez davantage de travail à donner à vos salariés, vous ne pouvez pas et les salariés qui veulent gagner davantage ne peuvent gagner plus. Nous voulons justement permettre de dépasser ces contingents en gardant des limites hebdomadaires», a ajouté Xavier Bertrand.
Une entreprise actuellement est tenue de respecter un contingent (quota) d’heures supplémentaires , variable selon l’accord conclu dans sa branche professionnelle , ou fixé par la législation (220h/an). Pour aller au-delà, ce qui est possible, il faut cependant demander l’autorisation de l’Inspection du travail, ce qui ne sera plus nécessaire. Les limites imposées pour des raisons de santé publique, notamment ne pas travailler plus de 48h/semaine, restent en vigueur.
(Source : Libération) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le Parlement a définitivement adopté mercredi le projet de loi sur la rénovation de la démocratie sociale, dont le volet réforme du temps de travail vise à tourner la page des 35 heures.
"Cette loi est dangereuse parce qu'elle fait disparaître des règles collectives de référence en matière de droit du travail" et "parce qu'elle fait des droits sociaux un enjeu de concurrence entre les salariés au détriment de leur sécurité et de leur santé", affirme un communiqué co-signé par les parlementaires de gauche.
Selon le communiqué, "l'extension des forfaits à la plupart des salariés va les conduire à faire des heures supplémentaires sans être rémunérés, à réduire leurs jours de repos. (…) Les règles qui garantissent la protection de la santé et de la sécurité des salariés doivent être fixées par la loi, et pas définies par les seuls accords d'entreprise".
"Cette atomisation des règles du droit du travail en matière de santé et de sécurité des salariés porte atteinte à la conception sociale de notre République pourtant reconnue par la Constitution", arguent ces parlementaires.
Par ailleurs, "l'article 3 du texte exclut des effectifs des entreprises tous les salariés mis à disposition pour une durée de moins d'un an", rappelle le communiqué. "En procédant à des rotations régulières de ces salariés", les "entreprises pourront baisser fictivement leurs effectifs et se soustraire à de nombreuses obligations comme la présence de délégué du personnel ou de comité d'entreprise" ou "la négociation annuelle sur les salaires".
Les parlementaires rappellent que ces salariés "appartiennent à la même communauté de travail" que ceux "liés directement par un contrat de travail à l'entreprise" et "les exclure méconnaît le principe constitutionnel de participation des salariés à la gestion de leur entreprise".
Par ailleurs, "l'article 19 du texte supprime le repos compensateur obligatoire fixé par la loi" et "renvoie à la négociation collective la définition d'une éventuelle contrepartie obligatoire en repos pour toutes les heures supplémentaires effectuées au-delà du contingent d'heures supplémentaires lui-même fixé entreprise par entreprise", dénonce le communiqué. Répondre | Répondre avec citation | Citer