Depuis sa création en décembre 2006, ce collectif d'associations et de syndicats remet en cause la définition du taux de chômage selon l'ANPE, qui ne prend en compte que la catégorie 1 des demandeurs d'emplois inscrits à l'ANPE, soit "moins de la moitié des demandeurs d'emplois".
En septembre 2007, l'Etat a décidé que les statistiques officielles du chômage seraient celles de l'INSEE. L'Institut national de la statistique a arrêté de publier les chiffres mensuels du chômage selon la définition du Bureau international du travail (BIT) pour ne publier que des statistiques trimestrielles tirées de son enquête sur l'emploi. Seul défaut de cette nouvelle méthodologie, selon ACDC : l'INSEE ne considère pas comme chômeurs les personnes qui maintiennent leur inscription à l'ANPE mais ne signalent pas d'autres démarches actives de recherche d'emplois. "Exclure ces personnes a permis à l'INSEE de faire baisser d'un point le taux de chômage", souligne Thomas Coutrot, statisticien à la DARES et membre d'ACDC.
Le problème, selon le collectif, est désormais la mesure de la précarité de l'emploi, davantage que celle du taux de chômage. "Le 5 juin, l'INSEE a modifié le mode de calcul du taux de sous-emploi", qui indique la proportion de personnes à temps partiel voulant travailler davantage. Ce taux, qui augmentait régulièrement depuis 2003, est brutalement passé de 5,6% au dernier trimestre 2007 à 4,4% au premier trimestre 2008. ACDC soupçonne un simple changement de formulation dans le questionnaire de l'INSEE d'être à l'origine de cette baisse.
En prenant part au groupe de travail du CNIS sur les statistiques sociales, ACDC a avancé quelques propositions pour affiner la mesure de la précarité en France. ACDC a également proposé de publier des données régulières sur les salariés travaillant dans des conditions néfastes pour la santé. Mais cette suggestion n'a été que partiellement approuvée par le CNIS, qui l'a restreinte à la publication de statistiques sur les salariés travaillant la nuit, le week-end ou plus de 45 heures par semaine.
ACDC est donc "doublement déçu" de sa participation au groupe de travail du CNIS : "D’une part, parce que nos propositions sur les bas salaires et sur l'emploi inadéquat n'ont pas été retenues, et d'autre part, parce que l'INSEE ne tient aucun compte des travaux du CNIS et procède à des changements de méthodologie sans prévenir ceux qui doivent remettre des recommandations sur ces sujets". C'est en lisant la presse que les membres du groupe de travail ont ainsi appris, la semaine dernière, que l'INSEE avait modifié sa méthode de calcul du taux de sous-emploi. "On se demande bien à quoi sert le CNIS quand l'INSEE procède de cette façon, sans consulter personne."
De la présentation, mercredi, du rapport du groupe de travail sur les statistiques sociales, Thomas Coutrot attend que le CNIS réponde à l'attitude "désinvolte" de l'INSEE et ouvre le débat sur la précision des données sur le chômage et la précarité de l'emploi.
(Source : Le Monde)
Articles les plus récents :
- 18/06/2008 14:23 - Les gentils stagiaires
- 13/06/2008 19:27 - La "Nuit des écoles" contre les mesures Darcos
- 13/06/2008 18:30 - Blocage des négociations salariales dans l'habillement
- 12/06/2008 23:37 - Dégustation d'un vrai repas de pauvre, ce midi à l'Assemblée
- 12/06/2008 17:55 - Faut-il copier sur l'Allemagne ?
Articles les plus anciens :
- 09/06/2008 10:22 - Travailler plus pour gagner moins
- 06/06/2008 13:32 - En Allemagne, il ne fait pas bon être enfant de chômeur
- 06/06/2008 01:08 - Suppression de la DRE : l’ANPE en perd son latin !
- 04/06/2008 21:51 - La formation professionnelle, salut des seniors (et de tous les chômeurs)
- 31/05/2008 23:26 - Pour réduire la pauvreté, faire payer les pauvres






Commentaires
"Il existe un décalage entre la focalisation sur un chiffre et la réalité de ce que vivent les personnes", a expliqué son président Jean-Baptiste de Foucauld, inspecteur général des Finances et membre du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE), en présentant 30 propositions détaillées.
La commission a été créée au printemps 2007 à la demande du Conseil national de l'information statistique (CNIS), présidé par la ministre de l'Economie à la suite d'une polémique sur les chiffres du chômage en France. La contestation des statistiques a amené l'INSEE à ne plus publier que des chiffres trimestriels du taux de chômage calculé au sens du Bureau international du Travail (BIT) sur la base de son Enquête Emploi. Le ministère de l'Economie communique de son côté, chaque fin de mois, le nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE et répartis dans 8 catégories.
Le groupe du travail est parti du constat que "le système d'information est très fourni mais ne permet pas une lecture apaisée et suffisamment fine des évolutions de la société", a déclaré Jean-Baptiste de Foucauld lors d'une conférence de presse. "La communication est beaucoup trop focalisée sur un indicateur unique, les résultats mensuels, ce qui risque d'altérer la conduite des politiques de l'emploi si elles s'attachent plus à leur effet sur l'indicateur qu'à la situation réelle des personnes", a-t-il fait valoir. Pour offrir une information "maîtrisable", à la fois simple et riche, il propose de définir, dans chaque domaine, un petit nombre d'indicateurs significatifs se complétant de manière cohérente.
S'attaquer au halo du chômage
Le taux de chômage au sens du BIT, calculé à partir de l'Enquête Emploi de l'INSEE, serait considéré comme l'indicateur de référence mais en étant complété par des indicateurs sur les personnes aux frontières du chômage : les personnes inactives qui souhaitent travailler (halo du chômage), les personnes à temps partiel qui souhaitent travailler plus (sous-emploi), les personnes qui ont un emploi mais en souhaitent un autre (l'emploi inadéquat, concept nouveau).
Dans le halo du chômage, qui concerne quelque 600.000 personnes en France, il conviendrait de mesurer la partie des chômeurs qui sont découragés, faute de qualification appropriée par exemple, et ceux qui sont empêchés (souvent parce qu'il n'y a pas de moyen de garde pour les enfants). "Cela permettrait de mener des politiques plus efficaces en investissant dans la formation ou la construction de crèches. Le but, c'est quand même le bien-être des personnes", a souligné Jean-Baptiste de Foucauld.
Le groupe de travail s'est intéressé aussi à la précarité de l'emploi, thème d'actualité mais flou dans sa définition. Considérant l'approche juridique (emplois en CDD ou en intérim) insuffisante, il propose de mesurer les risques de chômage pour les personnes en emploi et les probabilités de retour à l'emploi pour les personnes au chômage. Il prône ainsi des indicateurs de transition pour mesurer les situations personnelles au cours d'une année et des indicateurs de parcours sur plusieurs années.
Dans le même ordre d'idées, la commission propose de regarder le chômage en termes d'ancienneté et de prendre en compte le chômage récurrent, c'est-à-dire interrompu par des séquences d'emploi.
Elle souhaite aussi des travaux sur les besoins de recrutement et en particulier les offres d'emplois, qui font l'objet aujourd'hui de chiffres divergents selon les organismes qui les publient (Unedic, ANPE, Dares, Eurostat, enquêtes de conjoncture), et demande d'éclaircir les motifs pour lesquels des emplois restent non pourvus.
Sortir de l'hypnose
Invité de France Inter, le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez a cité mercredi le chiffre de 500.000 emplois non pourvus en France. "Ce n'est qu'une évaluation, il y a un foisonnement de données", a remarqué Jean-Baptiste de Foucauld en appelant de ses vœux un "travail de fond" sur ce point.
Le groupe de travail souhaite aussi approfondir l'analyse des besoins régionaux et locaux en matière d'emploi et voir s'il serait possible d'y répondre à partir des enquêtes de recensement qui sont désormais annuelles. Il demande aussi d'ajouter un taux d'emploi en équivalent temps plein et un taux de chômage élargi, incluant la fraction chômée du sous-emploi également en équivalent temps plein, pour compléter les données actuelles.
Concernant l'Enquête Emploi, le groupe de travail préconise d'accroître son échantillon et de l'étendre aux départements d'Outre-mer sur une base trimestrielle, comme en métropole.
S'agissant des données mensuelles de l'ANPE, le groupe demande que la publication actuellement intitulée "Le marché du travail en …" change de titre pour devenir "Demandeurs d'emplois inscrits à l'ANPE à la fin du mois de …" et que les 8 catégories actuelles soient regroupées en trois. "Les demandeurs d'emplois inscrits ne représentent qu'une partie du marché du travail", a fait valoir Jean-Baptiste de Foucauld en déplorant que le débat public soit "hypnotisé" par ces chiffres.
(Source : L'Express) Répondre | Répondre avec citation | Citer