Vincent Priollet est entré à l’ANPE en tant que conseiller en mai 2007. Il en est sorti quatre mois plus tard, en désaccord profond avec la logique des chiffres et les méthodes employées pour faire diminuer le nombre de chômeurs. Il aurait pu choisir de rester et tenter, comme le font beaucoup, de résister aux pressions de plus en plus fortes que subissent les conseillers et leur hiérarchie immédiate. S’il n’y est pas parvenu, sa démission lui permet de jouir de sa liberté de parole. Pour témoigner.

L’ANPE soupçonnée de radier en masse... Ces derniers mois, les publications de chiffres confirment la tendance entamée en 2006 : le nombre de radiations est en nette augmentation. C’est parce que j’ai vécu, pendant quatre mois, le quotidien d’un conseiller de base en agence et en formation, que j’ai pu voir concrètement comment l’Agence s’y prenait pour diminuer le nombre de demandeurs d’emploi inscrits.
Deux choses m’ont frappé quand je suis entré à l’Agence : la surcharge de travail des conseillers (il n’est pas rare qu’un conseiller soit le référent de plus de 150 demandeurs d’emploi «actifs», loin des chiffres officiels…) et l’obsolescence du système informatique de gestion des demandeurs. Rigide, peu convivial, parfois incohérent, c’est le parfait outil pour multiplier les erreurs ou approximations administratives. Puis, au fil des semaines, j’ai découvert les mécanismes qui permettent de «gérer la liste», c’est-à-dire d’influer directement sur les chiffres du chômage. Les ressorts ne sont pas forcément ceux qui viennent les premiers à l’idée. Ainsi, quand on interpelle les intervenants du centre de formation de l’ANPE sur les rumeurs de radiation en masse, ces formateurs de conseillers vous répondent avec sincérité : «Mais les radiations pour refus d’emploi sont très peu nombreuses ! La majeure partie des radiations ont pour cause les absences aux rendez-vous !» Ce qui est tout à fait exact...
Qui n’a jamais manqué un rendez-vous ? Indisponibilité, raisons personnelles, cas de force majeure, négligence... Comment imaginer que ce banal épisode puisse avoir des conséquences radicales ? Tout part du “suivi mensuel”. L’instauration, en 2006, de cette obligation pour le demandeur de voir une fois par mois son conseiller référent a multiplié les rendez-vous manqués. Ne pas disposer de moyen de déplacement (hors des grandes agglomérations, point de salut sans voiture et tiens, c’est cher une voiture quand on est au chômedu…), être usé par les sollicitations administratives (qui n’a pas connu le parcours du combattant entre Assedic et ANPE ?), avoir un empêchement qui paraît indiscutable mais pour lequel on ne possède pas de justificatif… autant d’occasions de se retrouver piégé.
Le règlement stipule que toute absence à un rendez-vous doit être justifiée. Ensuite, c’est au niveau local qu’est établie la liste des excuses “recevables”. Ainsi, les demandeurs d’emploi ne seront pas traités sur les mêmes bases d’une région à une autre, voire d’une agence à une autre, car la marge d’interprétation du directeur d’agence est assez large.
Si le demandeur d’emploi n’a pas donné une «bonne raison», il recevra automatiquement (c’est informatisé) un avertissement avant radiation. Alors qu’auparavant, ce document partait 8 jours après l’absence, ce qui donnait au conseiller le temps de fixer un nouveau rendez-vous, le délai a été ramené à 48 heures. En cas de confirmation de la décision, le demandeur recevra, deux semaines plus tard, un avis de radiation, le plus souvent temporaire, de 15 jours à 2 mois. C’est donc ni plus ni moins une privation de revenus, non seulement pour un individu mais souvent pour une famille entière, qui est en jeu. Comment faire pour bouffer, nourrir les gosses et, de plus, chercher un boulot sans rien toucher, ne serait-ce que durant un mois ?
À partir de là, le demandeur radié ne peut plus contester la décision qu’auprès de la direction départementale de l’ANPE et, enfin, en dernier recours, du tribunal administratif. Passons sur l’énergie phénoménale qu’il faut déployer en paperasses et démarches administratives pour rattraper un rendez-vous manqué... Il suffit que le directeur d’agence soit en phase avec sa hiérarchie pour que le nombre d’inscrits à l’ANPE fonde comme banquise sous effet de serre !
Mais il y a mieux. Pour amplifier le mouvement, l’ANPE utilise les “informations collectives”. J’ai assisté à l’une de ces réunions pour laquelle ont été conviés, en pleine période de vacances, les jeunes demandeurs d’emploi du fichier. Cette réunion d’information portait sur les contrats en alternance, avec à la clé un stage proposé pour préparer des candidats potentiels à ce type d’embauches. Dans les faits, les contrats qui pouvaient suivre concernaient presque exclusivement les métiers du bâtiment et de l’industrie. Or, non seulement les personnes présentes possédant ces profils étaient minoritaires, mais elles avaient aussi été convoquées, pêle-mêle, des demandeurs en train de créer leur entreprise ou d’autres déjà en formation... Donc, on avait sciemment sollicité de nombreuses personnes pour qu’elles assistent à une réunion qui ne leur serait d’aucune utilité dans leur recherche d’emploi. Résultat : 90 absents sur 140 convoqués ! Et ensuite ? Ensuite, tous ceux qui n’étaient ni présents ni excusés ont reçu un avis avant radiation. Bien sûr, ceux qui étaient en vadrouille et n’avaient pas pensé à avertir les Assedic de leur absence furent du nombre (eh oui, les chômeurs aussi partent parfois en vacances).
D’après mes échanges avec d’autres conseillers, dans beaucoup d’agences, ces procédés sont devenus coutumiers. Forcément, le nombre de radiations ne cesse d’augmenter. Les conseillers font ce qu’ils peuvent pour empêcher les funestes courriers de partir, mais une grande partie de la chaîne est informatisée et se fait sans eux. Alors qu’ils n’y sont souvent pour rien, ce sont eux, à l’accueil de l’agence, qui sont confrontés aux doléances, à la détresse et, parfois, à l’agressivité des demandeurs radiés.
Quant au demandeur d’emploi, il reste ébahi qu’un simple oubli ait de si lourdes conséquences. Car s’il y a recours, il n’y a pas de sursis, tout de suite une condamnation. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : celui qui n’a pas de travail est d’emblée suspect, jugé et condamné à la première occasion comme un multirécidiviste. Car son crime est très grave : sans emploi, il gonfle le taux de chômage et, de cela, le pouvoir politique ne le pardonne pas.
Vincent Priollet sur www.lcr-rouge.org
NDLR : On imagine dans quelles conditions et pour quel objectif va s'opérer la fusion ANPE-Unedic, afin d'atteindre le taux (artificiel) de 5% de chômage d'ici 2012, comme l'a promis aux Français qui vous savez... Sous prétexte de faciliter le parcours du privé d'emploi, on augmentera la coercition à son encontre pour y parvenir très rapidement.
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Commentaires
Quoiqu'il en soit, le nombre des offres déposées par les entreprises a progressé de 7,1% au troisième trimestre 2007 par rapport à la même période de 2006, pour atteindre 948.324 recrutements demandés à l'Agence.
Cette progression s'accompagne également d'une hausse qualitative. Le nombre des contrats à durée indéterminée (CDI) atteint 312.650, soit 33% du total des offres. Ce nombre progresse trois fois plus vite que l'ensemble des autres formes de contrats (CDD, intérim, saisonnier, etc).
Le secteur le plus dynamique reste l'hôtellerie-restauration (+ 11.024 offres par rapport au 3e trimestre 2006) suivie par le transport et la logistique (+ 10.030 offres), puis la distribution et la vente. Ce dernier propose le plus grand volume d'offres (107.800 offres).
Reflétant une tendance relevée déjà depuis deux ans, ce sont les offres d'emplois les plus qualifiées qui progressent le plus. Ainsi, le poste "techniciens" augmente de 18,6%, celui d'agents de maîtrise de 13,5%, celui d'employés de 8%. Les offres cadres ne progressent que de 6,5% mais l'ANPE est concurrencée pour cette population par l'APEC, où le nombre d'offres déposées bondit depuis deux ans. En revanche, les demandes d'ouvriers et de manœuvres n'avancent que de 2,2%.
Si toutes les régions, sauf deux, voient leur nombre d'offres déposées augmenter, l'Ile-de-France reste largement en tête tant par le nombre (199.600 offres) que par la progression (+ 12.800 offres entre le troisième trimestre 2006 et celui de 2007). Suivent la région Centre (+ 7.050 offres) et Rhône-Alpes (+ 4.500 offres).
(Source : La Tribune)
Si l'emploi stable - CDI - semble s'améliorer, il ne touche qu'un tiers des offres de l'ANPE. La tendance est donc toujours à la précarité et aux métiers "en tension", où les salaires et les conditions de travail sont les plus déplorables. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le nombre de chômeurs de catégorie 1 inscrits fin septembre à l'ANPE a baissé de 1,4% sur un mois pour atteindre 1.942.600 personnes, selon le baromètre officiel.
Mais le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT), seule référence internationale, ne sera connu que le 12 novembre.
L'heure de vérité
C'est à cette date que l'INSEE publiera le taux de chômage du 2ème trimestre produit selon un nouveau mode de calcul, ainsi qu'une courbe du taux de chômage depuis 2003 jusqu'au premier semestre 2007, conformément à un rapport de l'IGF/IGAS remis en septembre à la ministre de l'Emploi Christine Lagarde. Ce rapport pointait les données ANPE, qui ont surestimé d'environ 20% la baisse du chômage ces dernières années : "Les statistiques de l'ANPE donnent une mauvaise image du chômage" car elles sont "toujours susceptibles de connaître une évolution biaisée par des changements dans la gestion des demandeurs d'emploi". Répondre | Répondre avec citation | Citer
Paradoxalement, les inscriptions ANPE consécutives à un licenciement économique ont augmenté de 4,1% et celles consécutives à un licenciement pour un autre motif ont augmenté de 6%.
Egalement, les entrées consécutives à une fin de CDD ont crû de 2,1%. Source
Dans ces conditions, on se demande ce qui fait RÉELLEMENT baisser le chômage… Répondre | Répondre avec citation | Citer
Les femmes sont plus vulnérables que les hommes face au chômage : en juin, elles étaient 8,7% à rechercher un emploi contre 7,4% des hommes, indique l'observatoire de l'ANPE dans une note consacrée à la «demande d'emploi et la diversité».
L'écart entre les deux sexes a toutefois tendance à se réduire : il était de 5 points en 1987, de 3,2 points en juin 2001 et de 1,8 point en juin 2005. Les femmes sortent, en moyenne, un mois plus tard que les hommes du chômage (neuf mois contre huit mois). Elles sont aussi plus nombreuses que les hommes à déclarer des activités réduites ou précaires. Elles sont, de ce fait, moins bien indemnisées que les hommes, la durée d'indemnisation étant calculée par rapport à la période de cotisation : 56,4% contre 63,4%.
En septembre, selon les chiffres diffusés hier soir, le chômage des hommes s'est réduit de 1,8% et celui des femmes de 1%.
(Source : Les Echos) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le nombre de chômeurs indemnisés par les Assedic a baissé de 0,1% entre août et septembre 2007, et de 8,6% sur un an (en données corrigées des variations saisonnières). Une évolution que l'Unedic explique par "une légère diminution du nombre des bénéficiaires de l'assurance-chômage (ARE, AUD et ACA : - 0,1% sur un mois) compensée par la hausse du nombre de bénéficiaires des allocations de Solidarité-Etat (ASS, AI, ATA, AER de remplacement, Fonds transitoire et AF)".
Le nombre total d'allocataires indemnisés par les Assedic (chômeurs, préretraites et stagiaires en formation) a aussi reculé entre 2007 et 2006 (- 8,3%). Entre août et septembre, il est resté stable à 2.246.200 allocataires.
Quant au nombre de préretraités indemnisés, il poursuit sa baisse. Il a reculé en un mois de 3,3% et de 31,7% en un an. Fin septembre, on comptait en 28.900.
Enfin, le nombre de personnes en formation ou en conversion indemnisées par les Assedic (116.400 bénéficiaires en septembre) a progressé de 2,9% sur un mois mais diminué de 3,8% sur un an. Répondre | Répondre avec citation | Citer