
Comme ils vivent cachés, on ne les voit pas. C’est comme s’ils n’existaient pas. Pourtant, ils sont plus de 100.000, un peu partout en France, à loger dans une caravane ou un cabanon. Il serait plus simple que ces hommes et ces femmes soient SDF, alcooliques, tsiganes, sans-papiers, RMIstes à vie, etc. Mais non, ces gens-là se lèvent le matin pour aller au boulot, ou sont à la retraite après avoir cotisé toute leur vie.
[...] Caroline est standardiste dans une entreprise de Béziers. Elle vit avec sa fille de 18 ans, et son fils de 10 ans. Sa tenue très soignée jure avec la misère environnante. Très méfiante au premier abord, elle finit par lâcher quelques bribes de sa vie, mais refuse catégoriquement que son vrai prénom apparaisse dans le journal. «Avant, j’habitais une maison, à Lyon. Puis j’ai vécu en appartement pendant six ans. Ici, vous payez une misère, c’est le paradis ! Et ça n’empêche pas mes enfants de grandir et d’être bien élevés. Par contre, il faut se foutre royalement de ce que pensent les autres. Quand je suis allée inscrire mon fils à la cantine, la secrétaire de la mairie a été charmante. Mais dès que je lui ai donné mon adresse, son visage s’est refermé, et elle m’a dit qu’il n’y avait plus de place. C’est clair, elle m’a prise pour une Manouche.»
Chez les voisins de Caroline, personne n’a voulu ouvrir sa porte. Que l’on soit journaliste, bénévole dans une association caritative, assistante sociale ou chercheur en sociologie, il est très difficile d’entrer en contact avec ces «campeurs» malgré eux. Leur habitation de fortune se cache souvent loin des axes de circulation, dans des campings discrets, en bordure d’un champ, voire au fond d’une forêt. «Et puis certains ont un peu honte», ajoute France Poulain, une des rares chercheuses en France à travailler sur le sujet. «Ou bien ils savent que ce n’est pas vraiment légal, alors ils ne veulent pas d’ennuis.» Auteure d’une thèse sur «l’Urbanisation illégale liée au camping-caravaning sur parcelles privées du littoral français», elle estime «entre 70.000 et 120.000 le nombre de personnes vivant à l’année sur un camping», et «de 20.000 à 30.000 celles qui vivent sur des parcelles privées, même si cette estimation est beaucoup plus aléatoire».
C’est le cas de Paul. Ce retraité de 71 ans a posé ses trois caravanes au bout d’un petit chemin de terre qui serpente au milieu des jardins Saint-Jacques, vaste étendue de terrains maraîchers où poussent tomates, salades et carottes destinées à la ville. [...] Paul est père de cinq enfants, dispersés aux quatre coins de France. Il vit avec 620 € de retraite. Pendant un temps, il a eu des voisins, Alexandre, qui travaille chez Bouygues, Josée et leur enfant. «Maintenant, je suis seul. Mes enfants ne savent pas que je vis ici, ça me gênerait qu’ils me voient ainsi.» Pour l’eau, il va remplir des bidons à une fontaine avec sa vieille Peugeot 505. «Tant qu’elle marche…» Pour l’électricité, il allume un moteur à essence deux heures par jour, «pour économiser».
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Disparités géographiques
Seuls 26 départements de métropole sur 96 se situent au-dessus du niveau de vie médian, établi à 15.766 € par an et par personne vivant en ménage ordinaire (hors hôpitaux, maisons de retraite ou sans-abri).
Selon les départements, le niveau de vie s'étale de 13.740 € (dans le Pas-de-Calais) à 20.360 € pour les Yvelines (le plus riche de France). Les plus pauvres vivent dans le nord de la France, particulièremen t touché par le chômage, ou dans les départements ruraux de la Creuse, de l'Aude et du Cantal, qui comptent une forte proportion de retraités, ou encore en Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Seine-Saint-Denis.
C'est en Ile-de-France, hors Seine-Saint-Denis, en Rhône-Alpes et en Alsace que les niveaux de vie médians sont les plus élevés.
Paris, championne des inégalités
L'Ile-de-France occupe une position particulière, souligne l'étude. Trois départements (les Yvelines, Paris et les Hauts-de-Seine), bénéficient de niveaux de vie particulièremen t élevés grâce à la forte proportion de cadres y habitant.
Paris est la championne des inégalités de revenus. Les bas revenus y sont proches de ce qu'ils sont dans les autres départements, mais le niveau de vie des plus riches est plus de 5 fois supérieur à celui des plus modestes.
La Haute-Savoie et, dans une moindre mesure, le Rhône, la Savoie, l'Ain et l'Isère, sont des départements plutôt aisés. Les départements frontaliers d'Alsace et de Franche-Comté également car bénéficiant des salaires des frontaliers.
Le poids de la famille
La pauvreté ne touche pas de la même façon les différentes catégories de ménages, souligne l'étude. Les familles nombreuses et les familles monoparentales sont plus souvent exposées que les autres. Ainsi, dans le nord, la pauvreté, plus concentrée dans les zones urbaines, frappe plus particulièremen t les familles nombreuses, comme en Seine-Saint-Denis.
Le Languedoc-Roussillon et la Corse se caractérisent par une pauvreté élevée qui n'épargne aucune classe d'âge, retraités, personnes seules, couples avec ou sans enfant, familles monoparentales. Dans toutes les régions particulièremen t touchées par la pauvreté, environ un enfant sur 4 vit sous le seuil de pauvreté, contre 16,4% en moyenne sur toute la France.
Ces inégalités sont cependant amoindries par les prestations sociales, qui comptent pour le tiers du revenu disponible des ménages pauvres, contre 5,4% du revenu disponible moyen des ménages.
(Source : 20 Minutes) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Leur mobilisation met en lumière un pan méconnu de l'action publique : selon nos informations, en 2007, l'Etat devrait dépenser environ 75 millions d'euros pour héberger à l'hôtel quelque 12.500 personnes, majoritairement en région parisienne. Un quart sont des demandeurs d'asile. Une moitié sont des étrangers en situation irrégulière, hébergés à titre humanitaire. Pour sa part, la Ville de Paris finance essentiellement des nuitées pour les familles avec enfants en situation régulière. En 2007, son budget devrait s'élever à 16 millions d'euros pour héberger à l'hôtel 2.100 enfants, 1.500 adultes et 130 jeunes majeurs isolés.
La part importante de l'hôtel dans les crédits accordés à l'hébergement d'urgence est un phénomène récent. En 2000, le budget hôtellerie de l'Etat avoisinait les 10 millions d'euros. Il a bondi à 120 millions en 2005. Dans les administrations en charge du logement, cette envolée a fait frémir. "On peut dire que c'est absurde, dit un haut fonctionnaire. Mais l'on peut aussi s'honorer que la France ne laisse pas ces gens à la rue."
Mariam, 35 ans, participe à l'action soutenue par l'association Droit au logement (DAL). Mercredi 31 octobre, avant l'aube, elle nous a ouvert la porte de sa chambre, au premier étage d'un hôtel de tourisme décrépi du Val-de-Marne où elle vit depuis mai 2005 avec ses deux garçons. Les visites sont interdites. Le logeur dort encore. Au risque de perdre sa chambre, Mariam veut montrer comment elle vit, pour que la société sache que "faire grandir des enfants dans une chambre d'hôtel, ça ne devrait pas exister". "Je veux que Mme Boutin vienne ici ! Si elle voit, elle ne dira plus que nous devons nous estimer heureux d'avoir un toit."
Dans la pièce de 12 m2, un lit double et un lit simple occupent presque tout l'espace. Les vêtements sont rangés là où il y a un peu de place, au bord du lit, dans les coins. Les parois de l'unique placard sont tellement humides que les affaires y moisissent. Il n'y a ni chaise, ni table, ni réfrigérateur. Il est interdit de cuisiner. Un mois dans cette chambre coûte 1.500 €. Mariam en paie 310 grâce à ses deux mi-temps : le matin, elle distribue des prospectus dans les boîtes à lettres, l'après-midi, elle fait le ménage dans une banque. Des crédits publics financent la différence. "Eux, ils gaspillent, et nous, on souffre", dit-elle pour résumer ce qui apparaît, à bien des égards, comme une aberration humaine, sociale et économique.
L'impossibilité de cuisiner, par exemple, génère des dépenses inouïes au regard des ressources de ces ménages : Vanessa, une autre jeune femme hébergée à l'hôtel à Paris depuis son expulsion, raconte qu'elle va chaque matin acheter des chocolats chauds (1,40 € chacun) chez McDonald's pour ses deux enfants. "Pour le dîner, nous cherchons du chaud-mangeable-pas-cher" : "McDo" ou kebab. Mariam explique, elle, que "quand elle n'a presque plus d'argent, (elle) achète des conserves". Leur contenu est mangé froid, sur le lit, dans trois boîtes en plastique. Dans la salle de bains, une tablette, juste à côté des WC, accueille l'essentiel pour le petit déjeuner des enfants : un paquet de céréales, un pot de crème à tartiner et une boîte de lait en poudre - "si je l'achète en bouteille, le lait se gâte". Tandis que Mariam montre le linge qu'elle lavera dans la baignoire - "la laverie est trop loin et trop chère" -, son fils âgé de 3 ans, large sourire face au miroir, se brosse les dents pour la troisième fois. "Mon petit milliardaire !", plaisante sa mère en reprenant un tube de dentifrice presque vide des mains de l'enfant.
Lorsqu'elle est arrivée du Mali, en 1998, avec son mari français - dont elle s'est séparée alors qu'elle était enceinte -, Mariam pesait 55 kg et rêvait de devenir hôtesse de l'air. "Avec l'hôtel, je suis devenue grosse. Et je suis trop triste pour m'habiller bien", dit la jeune femme, qui assure ne jamais perdre courage. "Je me bats en tant que mère. Je veux que mes enfants fassent des études." L'aîné, 5 ans, intervient : "Quand je serai grand, je t'achèterai une maison avec une piscine !" Mariam, comme Vanessa, a déposé en vain une demande de logement social.
Vivre à l'hôtel, c'est vivre isolé. Les deux garçons de Mariam n'ont jamais pu inviter de copains pour leurs anniversaires. Pour jouer, Mariam les emmène au square. Dans la chambre, il ne faut pas faire de bruit. La télévision occupe une grande place. "Je suis comme prisonnière ; dans mon coeur, je ne vis pas", dit-elle.
Certains savent aussi que l'hôtel rend fou. Vanessa et son mari y avaient déjà vécu, entre 2004 et 2006. "Un jour, j'ai pété les plombs, confie cette femme de 27 ans, originaire de l'île de la Dominique. J'ai placardé des affichettes partout. Un escroc nous a loué un appartement. Trois jours après, le vrai propriétaire nous a demandé de partir." Au bout d'un an de procédure, le 25 octobre, la famille expulsée s'est retrouvée de nouveau à l'hôtel. "C'est très dur pour les enfants, mais nous leur disons que l'essentiel est d'être ensemble."
L'épreuve a fragilisé le couple. "Mon mari ne parle presque plus." Allocataire du RMI, le couple paie 190 € à l'hôtelier sur une facture totale de 2.000 €. Serveuse la nuit, Vanessa a cessé de travailler afin, dit-elle, de "trouver des solutions". Et ce mardi 30 octobre, elle pense enfin tenir sa chance : elle a signé, la veille, un bail pour une maison avec un jardin, en province.
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation | Citer