Actu Chômage

jeudi
17 mai
  • Connexion
  • Créer un compte
    Enregistrement
    *
    *
    *
    *
    *
    (*) Les champs marqués avec astérisque sont requis.
    Captcha plugin for Joomla from Outsource Online
     
  • Recherche
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil s'informer Mobilisations, luttes et solidarités Chômeur, fraudeur, Sarko aura ta peau !

Chômeur, fraudeur, Sarko aura ta peau !

Envoyer Imprimer
« Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » Confucius

Dans notre beau pays à l’union nationale retrouvée, lorsque le grand Sachem pointe du doigt, personne ne voit la lune. Et surtout pas les journalistes, ni l’opposition.

Notre Omniprésident a annoncé la semaine dernière le lancement d’un «gigantesque plan de lutte contre la fraude» [1]. Il parlait de la fraude à l’assurance chômage. Le voilà ainsi certain de s’attirer la sympathie de tous ceux (et ils sont nombreux) qui se lèvent tôt et en ont assez de payer pour des fainéants et des tricheurs. Mais comme il se trouve que, même s’il m'arrive de me lever tôt, je suis de tout cœur avec les couche-tard, je me suis posé quelques questions. Car enfin, qu’a-t-on fait jusqu’à ce jour ? Aurait-on laissé les tricheurs se remplir les fouilles en tournant le regard de l’autre côté ? J’en doute. C’est pourquoi, afin d’essayer de mieux appréhender la situation, je vais vous faire manger quelques chiffres pour la bonne cause.

En 2006, l’Unedic a engagé 29.436 procédures civiles et 788 procédures pénales. Sur ces dernières, elle a obtenu 342 condamnations dont 140 avec des peines de prison (ferme ou avec sursis). L’ensemble des condamnations s’est élevé à 41 millions d’euros. L’Unedic elle-même estime le préjudice qu’elle a subi à 140 millions d’euros sur plusieurs années. C’est considérable. Voilà de l’argent qui serait mieux dans la poche des chômeurs. Mais même si l’on prenait ce chiffre (140 millions d’euros) pour la seule année 2006, il faut savoir qu’il représente 0,61% des allocations versées par les Assedic. Diantre ! 0,61% ! Voilà bien de quoi justifier un gigantesque plan de lutte lancé par le grand Sachem himself.

On pourrait penser qu’il estime que la lutte a jusque-là été menée sans détermination ou sans efficacité. Mais non, même pas. On comprend mieux lorsqu’il nous explique qu’«il n’est pas normal quand on est au chômage, qu’on refuse un emploi qui correspond à votre qualification, parce que ce sont les autres qui paient.» C’est clair : il s’agit donc de faire augmenter la fraude en y incluant quelque chose qui, jusque-là, n’en faisait pas partie, afin de mieux le stigmatiser.

Alors, les autres paient, c’est sûr. Mais ce ne sont pas les seuls. Le chômeur aussi a été un travailleur. Et lui aussi a payé, pour lui comme pour les autres. Et puis, que signifie refuser un boulot correspondant à sa qualification ? Quand on connaît la durée maximum (23 mois) des allocations chômage et leur montant (57% du salaire brut), il faudrait être vraiment idiot pour refuser un emploi intéressant, bien payé et pas loin de chez soi. Sauf à croire que le même type d’offre peut vous revenir le lendemain. Mais chacun sait bien comme cela est peu probable. Seulement voilà : peut-être que le boulot est à 150 km de chez le demandeur d’emploi ? Peut-être que le salaire proposé est la moitié de celui qui était le sien avant, c’est-à-dire encore moins que ses allocations ? Peut-être que les conditions de travail sont tellement pénibles ou indignes que l’offre est non pourvue depuis des années, sauf pour de courtes périodes par de pauvres bougres prêts à tout pour survivre mais qui lâchent ensuite l’affaire lorsqu’ils réalisent dans quel traquenard ils sont tombés ? Parce qu’au fond, c’est quoi un chômeur ? C’est quelqu’un qui a besoin d’un salaire pour vivre et bien souvent pour faire vivre sa famille. C’est quelqu’un qui, d’une manière générale, n’a pas vraiment le choix et ne peut se permettre de refuser une offre qu’il sait rare et intéressante. On peut donc raisonnablement penser que cette stratégie de notre Omniprésident veut criminaliser les chômeurs pour mieux leur faire accepter des boulots pourris, payés une misère dans des conditions indignes.

Et si vouloir essayer de trouver le meilleur emploi possible c’est être profiteur, comment doit-on appeler ceux qui fraudent l’administration fiscale (par exemple), qui sont autrement plus nombreux et qui trichent pour des sommes sans commune mesure ? N’y aurait-il pas là matière à un plan gigantesque ? Rappelons que, selon un très officiel rapport du Conseil des Prélèvements Obligatoires, la fraude fiscale et sociale est estimée entre 29 et 40 milliards d’euros par an, qu’elle est constituée aux deux tiers de fraudes aux impôts (la TVA arrive en tête, suivie de près par l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu et les impôts locaux) et pour un tiers aux prélèvements sociaux (essentiellement le travail au noir). Ces 29 milliards d’euros annuels - au minimum - sont à rapprocher des 140 millions d’euros - sur plusieurs années - qui constituent la fraude aux allocations chômage. Et l’on ne pourra éviter de constater qu’il y a deux poids, deux mesures, avec d’un côté des riches prêts à tout pour conserver l’argent qu’ils estiment avoir si durement gagné, et de l’autre des pauvres qui n’ont même pas été fichus de devenir riches en dépit de leurs perpétuelles tricheries ! Alors, bien évidemment, pour faire le moins d’insatisfaits possibles, on tape toujours sur les mêmes, accessoirement les plus faibles.

J’ajoute qu’à l’heure qu’il est, le gouvernement envisage de rendre imposable l’indemnité de licenciement. Après avoir offert 15 milliards d’euros de pactole fiscal aux plus riches sous prétexte de relancer la machine économique, voilà une nouvelle mesure juste et équitable. Il ne manque plus qu’une pincée de dépénalisation du droit des affaires pour compléter le tableau. Ainsi se révèle au grand jour le projet de société de notre grand Sachem, même pour ceux qui tentent obstinément de garder les yeux fermés.

(Source : Le caillou dans la chaussure)

[1] Et aujourd'hui, la chasse aux fraudeurs est officiellement ouverte : lire en commentaire...

Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :

Mis à jour ( Mardi, 18 Septembre 2007 16:11 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2007-09-18 15:14 Dans son discours de "stratégie sociale" prononcé cet après-midi au Sénat, le chef de l'Etat a de nouveau annoncé que les fraudeurs aux prestations sociales "perdront leurs droits" pendant "une ou plusieurs années", et promis la mise en place de "peines-planchers forfaitaires" pour les entreprises ayant recours au travail illégal.

"On ne peut demander aux Français d'être solidaires que s'ils sont assurés que chacun est responsable, je dirai même irréprochable, dans son respect des règles", a lancé le président lors de son intervention devant l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS). "Je ne veux plus que les Français payent pour les excès de quelques-uns, particuliers ou entreprises, qui jettent le discrédit sur l'ensemble du système. Je ne veux plus que des sommes considérables soient volées à la collectivité alors qu'elles pourraient si utiles ailleurs", a-t-il lancé tout en se défendant de "vouloir stigmatiser telle ou telle catégorie de personnes"…

Promettant "des sanctions rapides, exemplaires et dissuasives", il a proposé que "les fraudeurs aux prestations sociales perdent leur droit à prestations pendant une ou plusieurs années, selon la gravité de leur fraude". En ce qui concerne les entreprises, "comme il est difficile de prouver à quel moment a commencé la fraude, qui concerne souvent le travail illégal, nous mettrons en place des peines planchers forfaitaires", a-t-il dit sans plus de précision.
Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
0 # superuser 2007-09-18 15:26 Nicolas Sarkozy a demandé à la ministre de l'Economie Christine Lagarde de "lui faire dans les 15 jours des propositions sur le processus de fusion de l'ANPE et de l'Unedic" pour "mettre le demandeur d'emploi au cœur du système". "Sur ces bases, des discussions pourront s'engager avec les partenaires sociaux", a déclaré cet après-midi le chef de l'Etat dans son discours sur sa politique sociale.

"On me dit parfois qu'il y a déjà quelques guichets uniques, que les réseaux travaillent bien ensemble. Soyons sérieux. Cela fait 20 ans qu'on en parle et à de rares exceptions près, le chômeur doit toujours faire un parcours du combattant. Alors que faut-il faire ? Attendre vingt ans de plus ?", a-t-il demandé. "Ce que je veux, c'est mettre le demandeur d'emploi au cœur du système, non les structures administratives . Ce que je veux, c'est un opérateur qui offre un service public universel et intégré pour tous les demandeurs d'emploi, qu'ils soient indemnisés ou non. Tout cela n'est pas révolutionnaire , c'est une question de bon sens. Il s'agit tout simplement de mettre notre service public de l'emploi au niveau des meilleurs standards européens", a expliqué le chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy a expliqué que la fusion était "l'occasion de faire une plus grande place aux partenaires sociaux" qui "ne sont pas associés aux politiques de l'emploi, à l'exception de l'assurance chômage". Il a assuré que le patronat et les syndicats "conserveront leurs prérogatives en ce qui concerne la détermination des règles d'indemnisation" et s'est dit prêt à "aller au-delà et voir avec eux comment ils pourraient participer aux grandes orientations de la politique de l'emploi, au niveau national comme au niveau régional".
"De tout cela, nous allons discuter avec eux. J'espère sincèrement que nous allons aboutir à un accord. Mais soyons très clairs : la fusion aura lieu parce que c'est l'intérêt des demandeurs d'emploi", a martelé M. Sarkozy.

Le chef de l'Etat a par ailleurs demandé aux partenaires sociaux de définir "avant la fin de l'année des procédures et des sanctions, à la fois plus efficaces, plus fermes et plus justes" pour les chômeurs qui refusent "deux offres valables d'emploi ou une formation". Il s'est dit "prêt à discuter de ce qui constitue une offre valable d'emploi et de ce que doit être la sanction", et souhaité que le nouvel organisme issu de la fusion ANPE-Unedic soit chargé de prononcer ces sanctions "pour des raisons d'efficacité".

(Source : Le Nouvel Obs)
Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
0 # carl 2007-09-18 16:04 Une chose me met en colére : Les syndicats si prompts à réagir quand le gouvernement souhaite réformer les régimes spéciaux, par contre lorsque Sarkozy attaque férocement les chomeurs, comme ce fut les cas ce mardi 18 septembre, aucunes réactions de leurs parts. Ils me font rire les leaders syndicaux, quand ils parlent de solidarité avec les grévistes. Le sont-ils avec nous les chomeurs et sans grades ??? Répondre | Répondre avec citation | Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Votre avis ?

François Hollande a été élu. Pensez-vous...
 

Zoom sur…

 

Chômeurs «fainéants» et «fraudeurs» : la fabrique d'un discours d'Etat

Etienne Penissat, chargé de recherches au CNRS et membre du CERAPS (Université Lille 2), s’intéresse à une catégorie souvent mobilisée par nos gouvernants : celle des chômeurs «fraudeurs» ...

 

Convocation pour «entretien téléphonique» : pas de sanction possible

Zoom sur une pratique qui se répand, source d'angoisse supplémentaire pour les chômeurs. Une dérive du système aux motifs peu avouables que ses victimes peuvent aisément contrer… à leurs frai...

 

En finir avec l’«assistanat», c’est possible !

Ce week-end, le Figaro Magazine remet le couvert et s'acharne contre «la France des assistés». Riposte.

 

Ces associations qui se battent pour les chômeurs

Au nombre de quatre au niveau national, elles méritent la gratitude et l'adhésion de tous les précaires et privés d'emploi. Grâce à elles - il faut le dire -, en 2004, les «Recalculés» n'aura...

 

La lutte contre le chômage est une escroquerie intellectuelle

Vous estimez que la lutte contre le chômage n'est, visiblement, pas la priorité de ceux qui nous gouvernent ? Vous vous étonnez qu'il n'y ait, sur ce point et depuis si longtemps, jamais de projet ...