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Accueil s'informer Mobilisations, luttes et solidarités Comment démocratiser le syndicalisme ?

Comment démocratiser le syndicalisme ?

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La C6R - Convention pour la VIe République - organisait, mardi 19 décembre à Paris, une rencontre/débat sur le thème : «Comment démocratiser le syndicalisme ?». Compte rendu.

Voilà un sujet passionnant qui, malheureusement, n’a pas réuni grand monde. Mais à défaut de quantité, la qualité des intervenants était au rendez-vous. Profitons de l’occasion pour saluer les initiatives citoyennes (en libre accès) de la C6R Paris - Convention pour la VIe République.
Mardi 19 décembre, deux «grands témoins» étaient donc conviés à dresser un état des lieux du syndicalisme français : Erwan Seznec, journaliste à "Marianne" et à "La Tribune", auteur de "Syndicats, grands discours et petites combines" (Ed. Hachette Littérature) et Christian Dufour, chercheur à l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales), organisme ayant pour fonction de répondre aux besoins exprimés par les organisations syndicales représentatives dans le domaine de la recherche économique et sociale.

Les syndicats ? Un besoin de l’État pour maintenir l’ordre social

Christian Dufour a rappelé qu’un arrêté de 1966 fixe à cinq le nombre des organisations syndicales considérées comme représentatives : la Confédération Française et Démocratique du Travail (CFDT), Force Ouvrière (CGT-FO), la Confédération Générale du Travail (CGT), la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), la Confédération Générale des Cadres (CFE-CGC). Cette représentativité syndicale «correspond à un besoin de l’État pour maintenir l’ordre social», admet Christian Dufour. Si le taux d’adhésion aux syndicats est faible en France (4 à 5% dans le privé, entre 10 et 15% dans le public, soit 8% en moyenne nationale), 70% des salariés élisent leurs représentants (ce qui rééquilibre). Ce taux d’adhésion est également à rapporter à l’engagement politique en France : l’UMP et le PS comptent moins de 300.000 adhérents chacun, moins de 600.000 pour ces deux partis, soit moins de 1% de la population française (63 millions d’habitants). Ce qui, en effet, relativise la faiblesse de l’engagement syndical.

Des syndicats faibles en adhérents mais encore forts en capacité de mobilisation

Selon Christian Dufour, si le taux de syndicalisation apparaît faible, les syndicats arrivent encore à mobiliser massivement les salariés (comme en 1995) et ont obtenu (et obtiennent encore) des avancées sociales notables. Dans d’autres pays d’Europe, le taux de syndicalisation peut être très important sans qu’on y observe des résultats très probants. Sur ce thème aussi, il convient donc de relativiser. «Finalement, ça fonctionne plutôt pas trop mal», concède Christian Dufour.
Par ailleurs, le système français de financement des syndicats n’incite guère les organisations à se démener pour rallier à leur cause des adhérents. Le paritarisme (gestion des grandes institutions comme l’Unedic, la Sécu… par les partenaires sociaux) assure une bonne partie du financement des 5 syndicats représentatifs. Mais ce financement reste «très opaque», constate le journaliste Erwan Seznec.

«En France, les syndicats n’ont pas besoin des salariés !»

Pour ce qui concerne la faiblesse du nombre de salariés syndiqués en France, «les organisations syndicales sont donc tout autant victimes du système que responsables», observe Christian Dufour. Erwan Seznec enfonce le clou sur un ton plus provocateur : «En France, les syndicats n’ont pas besoin des salariés !» (sous-entendant qu’ils trouvent leur financement ailleurs que dans les adhésions).
Un peu plus tard, Christian Dufour déplore qu’il n’y ait pas assez de représentation syndicale sur le terrain alors que «la demande de démocratie est forte». Il relève par ailleurs l’émergence de nouveaux réseaux (en faveur des précaires, des stagiaires, des chômeurs, notamment) qui prennent une part de plus en plus importante dans les luttes sociales.

«L’adhésion syndicale généralisée, c’est une proposition schnaps !»

À la question posée par une personne de l’assistance : «Que pensez-vous de la proposition de Ségolène Royal de généraliser l’adhésion syndicale à tous les salariés ?», la réponse de Christian Dufour fuse : «C’est une proposition schnaps, comme on dit en Allemagne !» (un délire de cuite, le schnaps étant un alcool fort). L’engagement militant et syndical ne se décrète pas. Il doit correspondre à une volonté de mobilisation et non à une obligation. Mieux vaut 5% de salariés motivés pour faire bouger les choses que 95% de résignés.
Erwan Seznec dénonce pour sa part certaines dérives, combines et arrangements : «Il faut appliquer la loi, confirme-t-il, pour contrôler l’origine et l’utilisation des fonds (souvent importants) que drainent les syndicats et instaurer la transparence comme règle».

Chômeurs et travailleurs précaires, les grands oubliés du syndicalisme

Sur le thème du débat («Comment démocratiser le syndicalisme»), le représentant d’Actuchomage/Rénovation-démocratique présent ne pouvait être en reste, déplorant que les syndicats ont déserté le champ de la précarité professionnelle et donc de la défense des précaires et des chômeurs, alors que la précarité devient la norme dans un nombre croissant de secteurs d’activité et que le chômage de masse reste une réalité. À cette observation Christian Dufour répond (retranscription approchante de ses propos) : «C’est un problème de statuts sociaux. Les syndicats éprouvent la plus grande difficulté à mobiliser les salariés précaires car ceux-ci refusent toujours de se reconnaître dans ce statut. Autant un ouvrier embauché en CDI peut assumer son statut avec une vraie fierté, autant une personne qui fait des ménages deux heures le matin et trois heures en fin de soirée et travaillant en sous-traitance, ne se reconnaît pas dans son statut précaire». Logique !

«Mes enfants ne sont pas invités au Noël de l’entreprise où je travaille !»

D’une même voix, Christian Dufour et Erwan Seznec dénoncent les inégalités de traitement qui découlent de l’accroissement de la sous-traitance et de l’externalisation. Un seul exemple suffit à illustrer leur propos, celui de cette femme de ménage qui exerce depuis des années son activité dans les locaux d’une grande entreprise. Ses enfants ne sont jamais invités au Noël (et donc à la distribution de cadeau) organisé par l’entreprise pour laquelle elle travaille… mais dont elle n’est pas salariée. Exemple éloquent d’injustices qui, compte tenu de l’accroissement de la précarisation des parcours de vie professionnelle, se révèleront de plus en plus difficiles à vivre.

Actuchomage/Rénovation-démocratique

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Mis à jour ( Mercredi, 20 Décembre 2006 17:03 )  

Commentaires 

 
0 # Yves 2006-12-20 16:06 Le Conseil économique et social (CES) propose au gouvernement une refonte radicale de la représentativit é syndicale permettant d’en finir avec les accords d’entreprise minoritaires.

Va-t-on vers une démocratisation des relations sociales ? Le Conseil économique et social a adopté hier un avis, intitulé «Consolider le dialogue social», qui plaide pour. 132 voix l’ont approuvé. 57 l’ont refusé. La commission de travail, dirigée par Jacques Dermagne, le président, propose de mettre sur pied un système qui «mise avant tout sur l’expression du choix des salariés». Il était temps. Car en matière de démocratie sociale, la logique d’après-guerre prévaut toujours. La représentativit é syndicale reste figée dans la glace de l’arrêté d’État de… 1966. Dans une entreprise, un accord ultraminoritair e peut s’imposer à la majorité. Alors que 53% des salariés travaillent dans des petites entreprises, tout le système de représentation collective est construit pour les grandes (plus de cinquante). Autant d’éléments qui, s’ils ne sont pas seuls en cause, alimentent la désaffection des salariés vis-à-vis des organisations syndicales.

Démarche participative

La note du CES part du principe que l’objectif principal de la négociation sociale doit être de «favoriser une démarche participative». Cela suppose de réformer les règles de représentativit é syndicale qui aujourd’hui accordent à cinq confédérations le privilège «irréfragable» de représentation, quel que soit leur nombre d’adhérents ou leur poids électoral. Le CES propose dorénavant de mesurer cette audience par le vote, à partir d’une «consultation permettant à tous les salariés, y compris ceux des petites entreprises, d’élire leurs délégués», insiste Jean Gautier, un des rapporteurs. Il préconise aussi de changer la règle de validation des accords issus des négociations. «La perspective doit bien être d’aller vers une approbation majoritaire par les salariés des accords qui les concernent», assure l’avis du CES, qui préconise, pour y parvenir, d’instaurer une étape de «majorité relative» : un accord serait considéré comme valide seulement si les organisations qui le signent rassemblent plus de salariés que celles qui le refusent. Ces dispositions s’appliqueraien t au secteur privé, mais le CES appelle aussi à une «réforme ambitieuse» dans la fonction publique «qui souffre d’une insuffisance du dialogue social alors que l’État devrait être exemplaire», a insisté le second rapporteur, Paul Aurelli.

Gros désaccords de trois syndicats

«Avancées significatives pour le syndicalisme», ont plaidé les syndicats favorables à ces évolutions, la CFDT, la CGT, l’UNSA et, dans un communiqué, la FSU. «Qui, ici, peut avoir peur des salariés ?» a interrogé Jean-Marie Toulisse, pour la CFDT, appelant à accepter «la vérité des urnes en plaçant le salarié au centre du jeu social». Idée développée aussi par Pierre-Jean Rozet (CGT), qui ajoute : «Pour que la négociation soit vécue par les salariés comme un droit qui est le leur, la maîtrise de la représentativit é syndicale doit leur appartenir.» Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA, syndicat pour l’heure exclu du «club des cinq», s’est réjoui qu’à «une représentativit é administrativem ent octroyée, le CES substitue une représentativit é nationale démocratiquemen t vérifiée».

Mais cet enthousiasme est loin d’être partagé par les syndicats qui auraient sans doute beaucoup à perdre à la mise en oeuvre de ces propositions. Au nom de la «liberté de contracter» chère à FO, Marie-Suzie Pungier a justifié : «Autant la notion majoritaire s’impose dans les procédures démocratiques parlementaires, puisqu’il s’agit de voter les lois, autant elle est contestable en démocratie sociale puisque celle-ci repose sur la négociation.» Michel Coquillion, pour la CFTC, a alerté sur les «risques de paralysie», au nom de l’idée que le patronat ne pourrait plus signer, par désaccord sur les contenus, des accords majoritaires. Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, craint que le système électif encourage la désertion syndicale. Difficile, tout de même, de trouver les arguments qui contestent la base de tout fonctionnement démocratique : la majorité l’emporte sur la minorité. Mais dans un paysage syndical très éclaté, instaurer un principe d’égalité entre toutes les organisations déclencherait un tsunami dans les jeux d’équilibres. Il y aurait à coup sûr des perdants.

(Source : L'Humanité)
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