La manifestation, qui a rassemblé quelque 6.000 sapeurs-pompiers professionnels, a démarré en début d'après-midi à la place Denfert-Rochereau et s'est terminée place de la Nation en passant par la gare d'Austerlitz. Selon la préfecture de police, 7 gendarmes mobiles ont été blessés et hospitalisés, dont 2 dans un état grave. Huit CRS ont également été blessés tandis que 35 pompiers ont été interpelés. Des pompiers ont aussi incendié un véhicule de gendarmerie.Ces incidents se sont déroulés non loin de la gare d'Austerlitz où des pompiers avaient tenté de forcer un barrage de gendarmes pour se rendre dans le centre de la capitale. Ces derniers ont fait usage de gaz lacrymogènes : les pompiers ont de leur côté lancé des projectiles. En début de soirée, entre 20 et 30 pompiers ont brièvement bloqué la circulation dans les deux sens sur le périphérique à la hauteur de la porte de Vincennes.
Dans un communiqué publié dans la soirée, la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie "condamne les violences inadmissibles qui ont été commises [...] contre les forces de l'ordre. [...] Je demande que les auteurs de ces actes intolérables soient appréhendés et déférés devant la justice dans les meilleurs délais". "Je renouvelle toute ma confiance aux forces de l'ordre engagées dans une mission exigeante et les félicite pour leur sang-froid", a-t-elle ajouté.
La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France a elle-aussi condamné et "désavoué profondément ces actes méprisables", les attribuant à "des provocateurs". Elle estime dans un communiqué que ces comportements "délictueux" et "extrémistes" portent atteinte à l'image de l'ensemble des 254.000 pompiers, dont 200.000 volontaires. "Les actes de vandalisme [...], les agressions physiques [...] commis par quelques manifestants sont d'une irresponsabilité totale et doivent être sévèrement punis".
=> De nouvelles manifestations de sapeurs-pompiers professionnels sont prévues mardi 5 décembre dans toute la France.
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Commentaires
Leurs revendications : une prime de 70 € pour tous et la retraite à taux plein à 55 ans.
Or les pompiers subissent, eux aussi, les méfaits de la réforme Fillon sur les retraites : 40 ans de cotisation. Ainsi, malgré un bonus égal à 5 ans, un pompier entré dans le métier à l’âge de 25 ans devra attendre 60 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Alors même que le métier est physiquement épuisant et dangereux : 19 décès en service en 2005.
Quelque soient leurs missions, les pompiers, qui font un métier socialement utile, sont boudés et maltraités par leur ministère de tutelle quand il s’agit de négocier l’amélioration des conditions d’exercice de leur métier. Le budget annuel réservé aux pompiers se monte à 4,7 milliards d’euros, celui de l’armée… à 47,7 milliards d’euros. Le gouvernement dépense donc 10 fois plus pour l’armée que pour les pompiers. Il suffirait que le ministère de la Défense sacrifie quelques sous-marins Barracuda, qui coûtent 1 milliard d’euros pièce, pour satisfaire les revendications des pompiers. Répondre | Répondre avec citation | Citer
36.461 SAPEURS-POMPIERS PROFESSIONNELS
Ce sont eux qui descendent régulièrement dans les rues depuis 1999 pour réclamer le droit, pour ceux qui le souhaitent, de bénéficier d'une retraite à taux plein à partir de 55 ans dans le cadre du classement de leur métier dans la catégorie des professions "dangereuses et insalubres". Ils sont fonctionnaires et dépendent de la Fonction publique territoriale. Ils sont affectés principalement dans les grandes agglomérations où se trouvent les centres de secours les plus sollicités, selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, sauf à Paris, sa proche banlieue, et Marseille où les pompiers sont des militaires.
197.556 SAPEURS-POMPIERS VOLONTAIRES
Il s'agit de salariés qui, en plus de leur profession, choisissent de donner de leur temps comme "soldats du feu". Ils reçoivent des formations régulières. Ils "perçoivent une indemnité sous forme de vacations horaires, ainsi qu'une 'prestation retraite' lorsqu'ils ont accompli au moins 20 ans de service", selon la Fédération nationale.
11.432 SAPEURS-POMPIERS MILITAIRES
Ces derniers interviennent à Paris, dans sa proche banlieue (Hauts de Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) et à Marseille. Pour la capitale, il s'agit de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), et à Marseille de la Brigade des marins pompiers de Marseille (BMPM). Militaires dépendant de l'armée de terre, ils n'ont pas le droit de se syndiquer et de manifester. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Par ailleurs, les sept pompiers soupçonnés d'avoir pris part à des affrontements avec les forces de l'ordre mardi lors de la manifestation à Paris étaient toujours en garde à vue mercredi en début de soirée dans les commissariats du XIIe et du XXe arrondissement, a-t-on appris de source judiciaire. Originaires de province, les suspects sont âgés d'une trentaine d'années. Cinq d'entre eux sont soupçonnés d'avoir jeté des projectiles et commis des violences sur des agents de la force publique. Egalement placés en garde à vue, deux autres pompiers, dont les taux d'alcoolémie étaient très élevés, sont suspectés d'avoir détenu des armes en l'occurrence des couteaux.
Dix-huit autres pompiers interpellés mardi n'ont pas été placés en garde à vue. Ils devraient faire l'objet de poursuites pour une simple "entrave à la circulation".
Mercredi matin, l'intersyndicale des pompiers s'est réunie à Paris, une rencontre entre fédérations pour décider des suites à donner au mouvement au lendemain de la manifestation parisienne : "Nous attendons toujours un coup de fil du ministre (Brice Hortefeux) pour reprendre les discussions. Pour l'heure ce n'est pas le cas, mais ça devrait être imminent", a déclaré mercredi le secrétaire général de FO-Pompiers Alain Brissiau.
Les syndicats condamnent par ailleurs les incidents de la manifestations de mardi, mais estiment que le gouvernement a "sa part de responsabilités ", en n'ayant pas "écouté la colère des pompiers sur le terrain".
"Les violences auxquelles nous avons assisté hier ne sont pas acceptables. Les débordements seront sévèrement réprimés", a prévenu de son côté le ministre de l'Intérieur, mercredi à l'issue du conseil des ministres. "La violence d'aucun corps de métier, aussi sympathique qu'il soit, n'est pas acceptable. On doit se comporter de façon respectueuse", a ajouté M. Sarkozy qui s'est rendu mardi soir au chevet des gendarmes mobiles blessés lors des incidents. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Comme souvent, il y a le fond et il y a la forme. La forme, le quotidien s’est employé à la soigner. Le chapeau introductif de l’article donne le ton : "Des salaires élevés, un temps de travail allégé, une retraite anticipée : ces fonctionnaires territoriaux manifestent aujourd’hui pour de nouveaux avantages". Le fond de l’article soulève pourtant une réelle problématique.
Qu’ils le veuillent ou non, les 37.000 pompiers professionnels doivent admettre que les temps et les circonstances ont changé. Il y a belle lurette que les uniformes, tout comme les fonctions d’ailleurs, ont perdu de leur prestige et de leur autorité. Subrepticement, le pompier a sombré dans le rôle de bonne à tout faire de la République, du ramassage des SDF au pompage des caves inondées. De la sécurité, c’est vrai, mais aussi beaucoup d’actions sociales, évaluées à 70% de leur temps de travail. Personne ne remet en cause la qualité ni l’importance du travail accompli par les pompiers. Ces derniers pourtant, derrière ce seul prétexte et le capital de sympathie dont ils disposent, ne peuvent imposer un tabou sur le coût financier qui lui est attaché.
Oui, les services d’incendie et de secours, ça coûte cher. Très cher. Les collectivités locales le savent bien. La facture des services de secours et d’incendie supportée par les conseils généraux est en hausse de près de 60% depuis cinq ans. Dans les départements, la marge de manœuvre financière se trouve réduite par le désengagement de l’Etat et l’explosion du traitement social dont ils ont hérité (RMI, APA…). La présidente de l’Association des départements de France rappelle les efforts déjà réalisés, ainsi que l’engagement pris d’ouvrir des négociations sur l’octroi de nouvelles primes et sur la fin de carrière pour un surcoût entre cinquante et soixante millions d’euros. Le maximum possible pour les collectivités.
Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est une erreur administrative commise par la Direction générale des collectivités locales, qui a mal interprété un décret du 3 juillet sur la base duquel avait été étendue l’attribution d’une prime de 72 euros. Dès le 5 juillet, le texte était amendé et la bonification supprimée, relançant ainsi les débats salariaux.
Dans une démocratie, que le débat soit ouvert est une chose normale. Ce qui l’est moins, c’est qu’une poignée d’agités jette le discrédit sur une profession par des actes inadmissibles. Les pompiers, parce qu’ils sont un symbole de la République, ont un devoir d’exemplarité. Dans une société à la dérive, c’est aussi ce qu’on leur demande de ne pas oublier. Tout comme le fait que notre organisation des secours repose sur l’implication aussi essentielle qu’importante de pompiers volontaires directement issus de la société civile, étrangement absents des débats.
Il reste que si la République souhaite faire du ménage dans les privilèges, elle ne doit pas pointer du doigt tel ou tel, mais, dans un souci d’indispensable équité, remettre à plat toutes les situations. Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, que nos élus s’interrogent sur les privilèges dont ils bénéficient. C’est ce qu’on appelle l’exemplarité.
(Source : AgoraVox) Répondre | Répondre avec citation | Citer