L'idée n'est pas nouvelle - dans les années 80, c'était le "délire" de quelques utopistes auquel il ne fallait pas prêter attention… - mais maintenant que les temps sont durs (voir en commentaires), elle commence à trouver des auditeurs attentifs. FreiheitstattVollbeschäftigung fait des conférences itinérantes pour exposer ses idées et rencontre un certain succès. Ils sont invités dans beaucoup de villes et ont maintenant une visibilité dans les média allemands. Voici leurs principes :
1. Fonder la participation à la prospérité sur le rendement du travail est juste tant que la prospérité est générée essentiellement par le travail des hommes et des femmes. Mais aujourd’hui le travail des humains est de plus en plus remplacé par des «machines» (automates, programmes d’ordinateur). Si on maintient l’idée d’une distribution exclusive des revenus par le travail, cela nous mêne soit vers un chomage croissant soit vers des revenus qui baissent.
2. La richesse de notre pays est la richesse de tous les citoyens. Elle résulte des efforts de tous les citoyens, y compris des efforts des générations précédentes. C’est pourquoi l’idée de justice nous ordonne de faire participer tous les citoyens à cette richesse.
3. Notre prospérité est le résultat d’innovations réussies. Les innovations augmentent la productivité et favorisent la création de richesses. Elles nous permettent d’automatiser les processus de fabrication et d’économiser la main-d’œuvre. Le chômage n’est pas un symptôme de pauvreté mais l’expression de la productivité et de la richesse de notre pays.
4. Renoncer à l’innovation, c’est renoncer à la prospérité et ainsi renoncer à la liberté d’effectuer un travail inutile. La liberté du citoyen est aussi la libération d’un travail inutile, qui peut être effectué par des machines programmables.
5. Forcer les chômeurs ou les RMIstes à travailler exprime la méfiance envers leur potentiel d’intérêt public et restreint leurs libertés de citoyen.
6. Le maintien de l’objectif du plein emploi a comme conséquence que les chômeurs et les entrepreneurs sont punis au nom de la productivité économique de notre pays.
7. Le maintien de l’objectif du plein emploi a comme conséquence que les citoyens sont forcés à effectuer des tâches qui peuvent être automatisées. Un travail automatisable est un travail remplaçable, et un travail remplaçable ne peut être créateur de sens. Le maintien de l’objectif du plein emploi ainsi va de pair avec un nombre croissant de citoyens qui se trouvent sous le régime d’une perte de sens professionnel.
8. Le maintien de l’objectif du plein emploi engendre un gaspillage du temps de vie des citoyens car il est lié à des travaux abrutissants et indignes. Le temps sera occupé par obligation et ne pourra être utilisé pour des activités qui ont un sens ; la dignité de l’homme ne sera pas respectée.
9. Si la dignité et l’intégrité de l’homme ne sont plus les plus hautes directives de la décision politique, alors les piliers de la communauté politique sont bouleversés.
Nous proposons : Un revenu de base inconditionnel pour tous les citoyens...
Ce revenu de base inconditionnel :
• renforce la famille. Elle peut se consacrer à l’éducation et à l’assistance de ses enfants sans se soucier d’assurer un revenu.
• favorise l’innovation dans tous les domaines de la société en procurant la sérénité nécessaire. Des idées innovantes peuvent être développées sans dépendre d’un écoulement sur un marché.
• renforce les entreprises. Elles peuvent automatiser sans se soucier des licenciements. Elles peuvent compter sur des collaborateurs performants car ils travaillent volontairement.
• renforce l’économie nationale. Des industries et secteurs économiques non rentables n’ont plus besoin d’être subventionnés.
• permet une diminitation significative de la bureaucratie, aussi dans le secteur social. Un revenu de base inconditionnel remplace en grande partie les allocations existantes.
Un revenu de base inconditionnel pour tous les citoyens renforce la disposition à être responsable et donne la liberté qui est nécessaire pour cela.
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Commentaires
Du fait d'une croissance économique trop faible, les responsables politiques allemands ne parviennent pas à réduire véritablement le chômage qui touche aujourd'hui plus de 4,7 millions de personnes dans le pays. Le sous-emploi a permis à nombre d'entreprises d'imposer à la fois un gel des salaires et un allongement de la durée hebdomadaire du travail sans compensation salariale.
L'Allemagne réunifiée n'est plus le pays de cocagne qu'elle était au cours des années 1970 et 1980. Dans les rues des grandes agglomérations, il n'est pas rare de rencontrer des marginaux en train de faire la manche, des gens âgés qui réclament un peu d'argent et des chômeurs qui mendient pour pouvoir se nourrir. Mais ce phénomène assez nouveau n'atteint pas les proportions rencontrées dans beaucoup d'autres pays d'Europe, en particulier en France. Même dans les régions et les villes les plus pénalisées par le sous-emploi, comme à Gelsenkirchen par exemple, au coeur de la Ruhr, où le chômage touche actuellement plus de 25% de la population active. Dans cette cité de quelque 270.000 âmes, on est surtout surpris par le nombre de magasins fermés, par les étalages des boutiques encore ouvertes où sont proposées des marchandises hétéroclites avec la pancarte «Alles für einen euro» (tout pour 1 euro) et par les jeunes qui traînent dans la rue et se qualifient de «Tagelöhner» (travailleurs journaliers) ou de «Roadarbeiter» (travailleurs itinérants). «Pendant de nombreuses années, nous avons été très dépendants économiquement du charbon et de l'acier. Cette époque est révolue. D'où le taux de chômage élevé d'une partie de la population dont la formation est plus qu'insuffisante», explique le nouveau maire social-démocrate de cette agglomération de Rhénanie-du-Nord - Westphalie, Frank Baranowski.
A l'autre bout du pays, à Anklam, située à quelque 200 kilomètres de Berlin, dans le Mecklembourg - Poméranie occidentale, la situation est encore pire. Dans cette commune de l'ancienne RDA, sur une population active de 14.800 habitants, 5.128 pointent au chômage. Soit un taux de 32,6%, presque un record national. Quarante-cinq pour cent des demandeurs d'emploi sont des chômeurs de longue durée, 22% ont plus de cinquante ans. Paradoxalement, l'«Arbeitsagentur», l'agence pour l'emploi, est toujours vide, le nombre d'offres ne dépassant pratiquement jamais la cinquantaine. Ceux qui veulent vraiment trouver du travail n'ont pas d'autre alternative que de quitter la ville, dont l'un des derniers gros employeurs privés - la société de renseignements téléphoniques Telegate - a fait faillite fin 2004, mettant ainsi 240 personnes de plus au chômage.
La consommation en berne
(…) Inquiets face à l'avenir et craignant de perdre leur emploi, les Allemands ont tendance, depuis plusieurs années, à acheter le moins possible et à épargner au maximum de leur capacité. Ainsi, au premier trimestre de cette année, les dépenses des ménages ont-elles baissé de 0,5%. Et au deuxième, d'encore 0,3%. Cette véritable grève de la consommation, qui incite bon nombre d'entreprises à se tourner vers les marchés étrangers, pérennise le niveau élevé du chômage.
Deux autres facteurs expliquent également le sous-emploi dans ce pays de plus de 82 millions d'habitants : le travail au noir (lire encadré) et le refus de nombreux chômeurs allemands d'effectuer certaines tâches considérées comme pénibles. Ce qui pousse par exemple le gouvernement fédéral à accorder tous les ans au moins 325.000 permis de travail à des saisonniers étrangers pour le ramassage des asperges, au printemps, et pour les vendanges, à la fin de l'été. Près de 90% de ces travailleurs sont polonais. Les chômeurs allemands tentés par cette double aventure ne sont pas légion. «En règle générale, ils trouvent le travail trop pénible et pas assez rémunéré, avec en moyenne 5,42 euros de l'heure», affirme Gerd Sonnleitner, le président de la Fédération allemande de l'agriculture.
(…) Faute d'une croissance économique suffisante - entre 1997 et 2000 par exemple, alors que la situation du pays était bonne, 1,7 million d'emplois nouveaux avaient vu le jour -, le gouvernement fédéral rouge-vert s'en tient donc depuis le début de l'année à sa réforme du marché du travail. Baptisée «Hartz IV», du nom de l'ancien DRH du constructeur automobile Volkswagen chargé d'en tracer les grandes lignes, elle vise surtout à réinsérer dans la vie active des populations qui en étaient exclues depuis longtemps. Notamment les chômeurs de longue durée bénéficiaires de l'aide sociale sans obligation de chercher activement un emploi. La réforme a également entraîné la fusion de l'indemnité chômage et de l'aide sociale. Les chômeurs de longue durée touchent depuis le 1er janvier une allocation calculée sur la base de leurs besoins estimés, et non de leur dernier salaire. Le forfait est de 345 euros à l'Ouest et de 311 euros dans l'Est du pays. Un montant auquel s'ajoutent des allocations pour les enfants, le loyer et les factures courantes. Au total, rarement plus de 700 euros net par mois. A la différence de ce qui se passe chez la plupart des membres de l'Union, l'intégralité du patrimoine (actions, biens immobiliers…) est prise en compte pour le calcul des allocations.
Ein-euro-jobs
(…) Afin d'essayer de remettre sur le marché du travail un certain nombre de demandeurs d'emploi, le gouvernement a fait porter ses efforts sur les chômeurs de longue durée, via les «ein-euro-jobs» («jobs» à 1 euro de l'heure). Environ 125.000 personnes ont «profité» de ce dispositif peu gratifiant sur le plan financier, mais intéressant pour les employeurs car ils sont dispensés de verser des charges sociales lorsque les emplois sont rémunérés moins de 500 euros par mois. Quant aux mesures en faveur des entreprises individuelles, les «Ich-AG», elles ont permis à quelque 250.000 chômeurs de créer leur propre emploi, avec une aide de 7.200 euros au moment du démarrage. Mais plus de la moitié d'entre eux ont vite fait faillite, faute de business-plan et d'étude de marché.
Il faut croire que tout ce dispositif n'est pas vraiment efficace puisque le niveau du chômage n'a que très peu baissé depuis le pic de février 2005 à plus de 5,2 millions de demandeurs d'emploi ! Plutôt que d'attendre une hypothétique offre en provenance de l'«Arbeitsagentur», plus d'un jeune tente sa chance à l'étranger. En particulier dans l'Autriche voisine, où quelque 50.000 Allemands sont employés à l'heure actuelle dans le bâtiment, les travaux publics, l'hôtellerie, la restauration. Parler la langue du pays constitue pour ces jeunes, souvent originaires de l'Est de l'Allemagne, un atout non négligeable par rapport aux travailleurs étrangers non germaniques. Et les salaires proposés - environ 1.000 euros par mois en plus du gîte et du couvert - n'ont rien à voir avec le niveau des allocations versées dans le cadre d'Hartz IV.
(NDLR : il n'y a pas de Smic en Allemagne)
Chantage aux délocalisations
En tout cas, la crainte du chômage a souvent permis aux entreprises d'obtenir l'accord de leurs employés - et des syndicats - pour geler quasiment les rémunérations et, parfois, allonger la durée hebdomadaire du travail sans compensation salariale. Certains grands groupes, même, n'ont pas hésité à faire du chantage - «On délocalise si vous n'acceptez pas !» - pour imposer ce type de décision. En 2004, le conglomérat Siemens (400.000 salariés dans le monde) a menacé de transférer en Hongrie la fabrication de ses téléphones mobiles si le personnel de deux unités de production allemandes refusait de travailler plus longtemps pour le même salaire. La direction a obtenu satisfaction, avec la bénédiction, si l'on peut dire, du syndicat IG Metall, qui a dû avaler pas mal de couleuvres ces derniers temps. Au bout du compte, cette activité a été vendue à un opérateur taïwanais, BenQ.
Autre exemple qui illustre assez bien les rapports de force actuels dans une Allemagne pourtant réputée pour sa culture du compromis : au printemps, les transports en commun de Berlin, BVG, se sont mis en grève. Une grève qui, très bien annoncée et suivie à 100%, était destinée à protester contre le refus du Sénat d'entériner un accord prévoyant une baisse de 8% de l'ensemble des salaires afin d'éviter que le plan social annoncé - plus de 5.000 suppressions d'emploi sur 14.000 - soit encore plus important. Le Sénat berlinois, pourtant contrôlé par une majorité sociale-démocrate-PDS (néo-communistes), exigeait, lui, une réduction de salaire de… 12%. D'où ce mouvement exceptionnel qui a obligé les Berlinois à marcher ou à sortir leur vélo.
Mais, au-delà des conflits sociaux, force est de constater que la question du sous-emploi a eu au moins pour conséquence de renforcer la compétitivité des entreprises allemandes, qui font un «malheur» sur les principaux marchés étrangers. Et valent au pays le titre envié de «champion du monde de l'exportation». Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le principe : cumuler aux allocs chômage un boulot de 30 heures par semaine rémunéré entre 1 et 2 euros de l’heure. Trente-trois mille jobs à 1 euro sont programmés pour 2005 dans la seule ville de Berlin, dont douze mille à des fins d’«évaluation», pour tester si leurs bénéficiaires sont encore capables de sortir du lit. Les feignasses qui resteront sous la couette seront donc sanctionnées dès le 1er janvier par une baisse de 30% de leurs allocations, voire, dans le cas des moins de 25 ans, par une radiation pure et simple.
Cette mise au pas n’a rien d’inédit : elle se place dans la lignée des emplois carcéraux et des travaux d’intérêt général. Ce qui est nouveau, c’est l’envergure du dispositif, dont la contrainte va peser sur des centaines de milliers de chômeurs, ainsi que ses horaires, proches d’un emploi à temps plein. Certes, les autorités proclament que ces jobs n’entreront pas en concurrence avec le marché de l’emploi «première classe», mais personne n’y croit sérieusement. La question, c’est de savoir si le recours massif à des travailleurs forcés s’avérera plus rentable que le salariat «à l’ancienne». Soumettre et former des gens peu ou pas du tout motivés n’est pas sans risque pour le recruteur. Comment garantir l’obéissance aveugle d’un malgré-lui qui sait que son argent de poche est payé par l’État et non par son patron ? Loin de mettre la main à la poche, ce dernier reçoit 300 euros par mois pour chaque personne qu’il daigne faire trimer. Il est pas beau mon «contrat d’avenir» ? dirait Borloo.
Et comme les patrons n’ont jamais la gueule assez pleine, le président du Medef allemand, Dieter Hundt, exige déjà que ces jobs ne soient payés qu’à hauteur de 50 centimes par heure…
Le rêve, avec les jobs à 1 euro, c’est qu’ils boutent les chômeurs non seulement hors des statistiques mais aussi hors du droit du travail. Une grève sera considérée comme un refus d’obtempérer et sanctionnée en conséquence. D’un autre côté, on voit mal en quoi la perspective d’un licenciement devrait les effrayer. Ni en quoi ils seraient tenus d’effectuer un travail irréprochable : une maladresse peut toujours se commettre, une machine tomber en panne, une livraison se perdre dans la nature… Les chômeurs n’ont-ils pas une longue expérience dans l’art d’ignorer les injonctions d’un supérieur ? Bref, nous sommes curieux de voir le résultat. Ce qui est sûr, c’est que la prochaine génération sera parfaitement rodée aux petites tricheries avec les bureaux de placement. Alors, pour parfaire la mise sous pression, on pourra importer des morts de faim exotiques en CDD, comme le suggère Villepin (Libé, 11/12/04), et même les faire bosser au taux de rémunération en cours dans le pays d’origine, comme s’apprête à le pratiquer l’agriculture allemande avec les journaliers polonais… «Tous doivent pouvoir, sous des formes adaptées, retrouver le chemin de l’activité, aussi modeste soit-elle», insinue le Plan Borloo. Et pour ceux qui rechignent, des sanctions «justes et graduées». «Ben oui, oui, confirme Dassault, on y va tout droit.»
(Source : CQFD) Répondre | Répondre avec citation | Citer