La CGT évalue le nombre de travailleurs saisonniers entre "1,5 à 2 millions", essentiellement dans le tourisme. Le syndicat souligne les "difficultés" à obtenir des statistiques fiables, notamment en raison du "travail au noir" dans les hôtels-cafés-restaurants.Cette action constitue une première au niveau national pour la CGT qui va donc diffuser à 50.000 exemplaires un guide pratique du saisonnier intitulé "Ma saison en poche". Distributions de tracts, permanences dans les unions départementales, messages radios ou caravanes circulant dans les stations balnéaires font partie du menu.
Selon la CGT, "la situation sociale des saisonniers se dégrade dans tous les domaines : emploi, salaires, conditions de travail, logement, santé, formation et indemnisation du chômage". Elle demande une "remise à plat" de la convention d'assurance-chômage signée en janvier par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC qui va, selon elle, "limiter les possibilités d'indemnisation" des chômeurs saisonniers alors qu'ils ont "souvent un revenu inférieur au RMI en dehors des saisons". "Nous demandons l'instauration d'une indemnité minimum journalière de 30 € durant les périodes non travaillées, et l'ouverture des droits à l'indemnisation après trois mois de travail effectué par période de 12 mois".
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L’événement est passé… inaperçu. La dernière convention UNEDIC, signée le 21 décembre dernier par le patronat, la CFDT, la CFTC et la CGC, a encore réduit les possibilités pour les salariés saisonniers de toucher une allocation durant leurs périodes de chômage. Cette catégorie de salariés subissait déjà, depuis la création de l’UNEDIC, des règles d’indemnisation pénalisantes par rapport aux chômeurs «classiques». Un traitement défavorable reposant sur l’idée implicite que ces salariés sont responsables de la saisonnalité de leur travail, comme s’ils se payaient le luxe de travailler une partie de l’année seulement.
La pénalisation des chômeurs étiquetés «saisonniers» par les Assedic (voir encadré) a pris plusieurs formes. Jusqu’en 1997, ces salariés n’étaient indemnisés que pour des épisodes de chômage survenant lors de leurs périodes habituelles de travail. Le reste de l’année, lors de l’intersaison, ils n’avaient droit à rien et devaient se débrouiller pour survivre… En 1997, changement de méthode. Les saisonniers peuvent être indemnisés en intersaison, mais en échange de cette avancée ils reçoivent une allocation à taux réduit. Les Assedic calculent la part de jours travaillés sur les trois dernières années et appliquent ce pourcentage au montant. Ainsi, un saisonnier qui travaille en moyenne les trois quarts de l’année n’a droit, le reste du temps, qu’aux trois quarts de l’allocation calculée pour les chômeurs classiques.
«Avec la dernière convention UNEDIC, appliquée depuis le 18 janvier, c’est la double peine pour les saisonniers», s’insurge Stéphane Guillou, de la CGT des Assedic, qui a participé aux négociations en décembre. Les deux méthodes de pénalisation qui se sont succédées s’additionnent désormais. Non seulement l’allocation reste à taux réduit, mais les signataires de la convention ont limité à trois le nombre de versements successifs. À partir de la quatrième demande de chômage, le saisonnier perd son droit à l’allocation pendant la morte-saison. C’est le régime d’avant 1997 qui s’applique alors.
Comme pour les «recalculés», cette réforme ne laisse pas de sursis aux saisonniers. S’ils ont déjà perçu une allocation en 2003, 2004 et 2005, ils perdent leurs droits dès cette année. «Au cours de la négociation, lorsque la CGT a contesté cette précarisation des saisonniers, le représentant du MEDEF, Denis Gautier—Sauvagn ac, a déclaré qu’ils n’avaient qu’à changer de région ou faire autre chose !» se souvient Stéphane Guillou.
Officiellement, les signataires de la convention, jamais à court de cynisme, ont osé présenter cette réforme comme visant à «favoriser l’insertion durable» des saisonniers. Pour faire passer la pilule, ils se sont vantés de la mise en place d’«un accompagnement renforcé» pour aider ces salariés à «sécuriser leur parcours professionnel». Mais les textes d’application se contentent d’évoquer «une mobilisation renforcée» de la validation des acquis de l’expérience, des aides à la formation, du contrat de professionnalis ation ainsi que d’hypothétiques négociations de branche pour réduire la saisonnalité.
«Concrètement, il n’y a aucune mesure particulière, dénonce Stéphane Guillou. Et même si les Assedic facilitaient la formation de ces saisonniers, elle les orienterait vers les métiers en tension… c’est-à-dire ceux où ils travaillent déjà, comme la restauration ! Aujourd’hui, les Assedic ne financent plus que des formations d’adaptation pour les besoins immédiats des patrons. Il n’y a plus de formations qualifiantes qui permettraient réellement de sortir du chômage. Par exemple, on aurait un besoin cruel de personnels de santé, mais ça n’intéresse pas le patronat.»
par Fanny Doumayrou pour L'Humanité du 31/07/06. Répondre | Répondre avec citation | Citer