
Nous avons donc pris contact avec le secrétariat de Jean-Marie Le Pen ; ce dernier nous a accordé une interview mercredi 3 mai (et elle sera en ligne mardi 9. Pour plus d'infos : lire nos commentaires ci-dessous).
Nous rencontrerons tous les candidats «crédibles»
Le Président du Front National inaugure une série d’entretiens qui nous amènera à rencontrer d’ici avril 2007 tous les candidats «crédibles» aux élections présidentielles, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Nous commençons par Le Pen car il est un des rares postulants officiellement déclarés. Qui plus est, il était au second tour des élections de 2002 (avec près de 18% des suffrages). Nos questions seront bien évidemment essentiellement orientées sur les questions du chômage et de l’emploi qui seront au cœur du scrutin présidentiel.
Papy fait de la résistance
Âgé de près de 80 ans (il est né en 1928), «marqué à la culotte» (comme disent les footballeurs) par Sarkozy, qui affirme ouvertement chasser sur les terres du FN, et par Philippe de Villiers, Le Pen a-t-il une chance d’être présent au second tour en 2007 ? La dispersion prévisible des voix, tant à gauche qu’à droite, pourrait ouvrir une voie «Royal» à celui qui peut s’appuyer sur un électorat fidèle et déterminé (même si 77% de ses sympathisants assurent avoir une bonne opinion de Nicolas Sarkozy, selon une enquête Ipsos).
Vers un nouveau séisme politique ?
Voie «Royal» en effet, car dès septembre 2004, Le Pen a misé non sans perspicacité sur la présence de la Présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes en 2007 : «Je parie sur Ségolène Royal. Madame Royal est une bourgeoise de gauche : pas trop bourgeoise, pas trop de gauche. Le PS voudra avoir une femme candidate. Ce sera la meilleure façon de court-circuiter la meute de ses éléphants» (interview accordée au Parisien le 24/09/04).
L’occasion nous est donnée de rencontrer un homme qui fait la Une des médias depuis plus de 20 ans et qui, à 79 ans, pourrait créer un nouveau séisme politique dans un peu plus d’un an.
Yves Barraud
PS : Rappelons à nos lecteurs que, depuis son lancement, Actuchomage a respecté le pluralisme des engagements politiques. Nous avons interviewé : Olivier Besancenot (LCR), Claire Villiers (Alternative citoyenne/PC), Martine Billard (Les Verts), Arnaud Montebourg (Rénover Maintenant/PS), Julien Dray (PS), Francis Vercamer (UDF), Nicolas Dupont-Aignan (UMP). Les ministres Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher ayant décliné notre offre… de façon très peu courtoise.
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Commentaires
Un peu léger comme argument, non ?
Qui est à interviewer et qui ne l'est pas ?
Viens en discuter sur le forum "Exprimez-vous".
@plus
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Nous avons été surpris par l'accueil et la manière dont se sont déroulées les choses.
D'abord, on patientait devant les grilles de la propriété quand une de ses petites-filles âgée d'une quinzaine d'années est arrivée derrière nous et nous a finalement ouvert la porte.
Puis, on nous a fait patienter dans un salon plutôt défraîchi (la propriété de la famille Le Pen n'est guère rutilante. La vaste demeure mériterait un sérieux coup de peinture. Et le parc n'est pas entretenu).
Un vieux chien malade (genre labrador à poil long) est allongé sur le tapis du salon, rejoint deux minutes plus tard par un chat roux très câlin qui n’a pas arrêté de se frotter à nous…
Ambiance "bon enfant" et un peu surréaliste (comme si on rendait visite à un grand-père).
Aucune effervescence dans les lieux. Pas une sonnerie de téléphone. Pas un seul collaborateur en vue.
Au bout de dix minutes d'attente, un mec de 25/30 ballets (son chauffeur habillé en tenue décontractée : jean et chemise) nous convie à gravir l'escalier du premier étage.
Là-haut, pas un bruit, pas une "secrétaire", pas une sonnerie de téléphone… Il est pourtant 16h00.
Le Pen nous attend dans un salon, assis dans un fauteuil, son téléphone portable à portée de main (mais il ne sonnera pas !).
L'homme n’est pas au mieux de sa forme (il a 78 ans et est en convalescence d’un pépin de santé qui, aux dires du Président du FN, "n'est pas un cancer". Il soignerait une cicatrice à l'épaule gauche qui tarde à se résorber. Nous n'en saurons pas plus).
Nous entamons l'interview d'un homme… affaibli, fatigué.
Les questions d'ordre général (institutions, non représentativit é de l'Assemblée nationale, crise de régime, Sarkozy…) obtiennent des réponses plutôt claires et pertinentes (parfois émaillées de bons mots).
Mais dès qu'on aborde la question du chômage, Le Pen entonne son refrain habituel, celui que tout le monde connaît : trop d'immigrés, stopper les flux migratoires, "la France, aimez-la ou quittez-la", bref un grand classique dans la bouche du "Menhir".
Pas de solutions précises au "problème" des banlieues. Le Pen nous avouera même : "je les plains, moi, les jeunes de banlieues !".
Sa voix est éraillée ; il tousse beaucoup (son discours du 1er mai a certainement fragilisé ses cordes vocales).
Voilà pour les premières impressions.
L'intégralité de l'interview sera prochainement mise en ligne sur le site.
…/…
Notre sentiment général (Sophie complètera) :
Cet entretien avec Le Pen nous a laissé un sentiment mitigé.
Ce "vieux monsieur" ne nous a pas impressionnés (pas plus que convaincus, notamment quand on lui a demandé de nous dévoiler ses solutions pour lutter contre les exclusions, le déficit ou l’absence de formation, et la pénurie de travail qui touchent des centaines de milliers de jeunes en banlieues).
Il se retranche derrière ses thèses.
Il construira sa campagne présidentielle sur les arguments qu'il développe depuis des décennies (eux-mêmes fondés sur son "rejet" catégorique de l'immigration, notamment celle des musulmans).
Rien de nouveau. Rien d’étonnant.
…/…
À la fin de l'entretien, Le Pen s'est engouffré dans sa voiture pour honorer un rendez-vous extérieur : pas de chauffeur en costard, pas de gardes du corps…
Le "dangereux fasciste" nous est apparu sous les traits d'un brave papy un peu malade et fatigué.
Tiendra-t-il la rampe pendant toute une campagne qui s'annonce âpre et disputée ?
Lui se voit au second tour… et même "au troisième" comme il dit.
Yves – Un animateur du site Répondre | Répondre avec citation | Citer
S'il n'a pas tort de dire que le nivellement par le bas des salaires est favorisé par l'utilisation abusive des immigrés, à ses yeux ce ne sont pas les entreprises - qui vont toujours au moins cher - qui en sont responsables : c'est parce que les places sont chères, et qu'il faut garder nos rares emplois pour les vrais Français. C'est de la faute à la misère du monde, et pas à ceux qui en profitent…
Rien de précis sur la création d'emplois. Et vu comment il s'acharne sur les syndicats et les prud'hommes, on n'imagine rien de social dans son projet.
Jean-Marie Le Pen est donc contre l'Europe et contre la mondialisation : son seul remède, c'est de protéger la France des invasions étrangères. Il ne propose qu'un encerclement de notre pays. Malgré la pertinence de certains de ces propos (représentativi té, institutions…), c'est pourtant un programme creux qu'il nous présente, avec pour seul credo un verrouillage de nos frontières et aucune main tendue aux étrangers sans fric ni talents particuliers.
Mais j'ai passé un bon moment !
L'accueil qui nous a été réservé fut des plus respectueux, dans un cadre surréaliste (le parc de Montretout, village bourgeois protégé dans la ville de St Cloud, et un hôtel particulier à la splendeur déclinante) comme l'a raconté Yves ci-dessus.
Surtout, cette interview m'a permis de démystifier le personnage et son parti : c'est un être humain comme nous, et n'oublions pas que ses convictions ne sont pas partagées par la majorité de Français. Comme tous les extrêmes, le FN doit jouer son rôle de poil à gratter de notre démocratie et en toute logique, malgré nos craintes, ces extrêmes (même Le Pen) ne sont pas prêts de prendre le pouvoir, ne serait-ce qu'à cause du contenu limité de leurs programmes.
Enfin, la démocratie exige qu'on apprennent à vivre ensemble : le FN a le droit de faire partie du débat politique, et cette rencontre m'a permis de ne plus le diaboliser.
Sincèrement, je ne pense pas que Le Pen passe même si un 21 Avril se reproduit.
Et s'il passe, ce sera l'insurrection !
J'attend maintenant de rencontrer Nicolas Sarkozy, qui à mon sens est bien plus dangereux.
Sophie - une animatrice du site Répondre | Répondre avec citation | Citer
… Et les débats s'engagent dans notre FORUM… Répondre | Répondre avec citation | Citer