Un membre de notre association ayant un parcours professionnel répondant en partie aux compétences requises, a adressé sans attendre sa candidature. Quelques jours plus tard, il recevait un courrier très courtois daté du 22 décembre qui spécifiait : «La commission d’embauche, composée d’administrateurs de l’association commencera l’étude des propositions de collaboration dès les premiers jours de janvier 2006. Nous ne manquerons pas de vous informer des suites qu’elle entendra donner à la vôtre». Jusque-là rien à redire, au contraire.Emmaüs passe par… un cabinet de recrutement !
Fin janvier début février, s’étonnant de pas avoir de nouvelles, notre postulant décide de passer un coup de fil au secrétariat du Président de l’association Emmaüs. Son interlocutrice, très aimable, lui assure que : «Nous avons transmis les dossiers à notre conseil en recrutement». En voilà une surprise !
Eh oui, Emmaüs fait appel aux services d’un prestataire extérieur pour traiter les candidatures. Eh oui, Emmaüs confie à un tiers le soin d’évaluer l’engagement militant des personnes qui souhaitent rejoindre l’association. Les bras nous en tombent ! Comme chacun sait, ce type de prestations n’est pas gratuit et il paraît pour le moins étonnant qu’une association caritative y fasse appel. Mais, comme dirait l’autre, cela ne nous regarde pas…
Votre candidature n’a pas été retenue
Le 22 février 2006, un courrier annonçait à notre candidat… que : «Votre dossier a fait l’objet d’une étude attentive de la part de notre cabinet-conseil en recrutement et des membres du bureau de l’association. Le choix final a été très difficile. Malgré toutes les qualités qu’ils ont pu apprécier dans votre candidature, nous sommes au regret de vous informer que votre proposition n’a in fine pas été retenue».
Certes, l’association Emmaüs est libre de retenir le candidat qui lui convient, cependant… Quand Emmaüs évoque «une étude attentive», celle-ci se résume à la lecture d’un CV et d’une lettre de motivation. Curieux !
À ce stade, il nous paraît intéressant de revenir un peu en arrière, au libellé de l’annonce et au profil de notre candidat. Le contenu spécifiait : «Garant auprès du président de la mise en œuvre de la politique de l’association, le délégué général assure le lien entre les instances statutaires et les services opérationnels. Il sera notamment chargé d’organiser la réflexion stratégique de l’association pour les années à venir, en tenant compte des évolutions des publics à la rue, des changements de l’environnement et de la mutation du travail social. Profil : Expérience de la vie associative et militante - Capacités d’animation et de communication - Management, organisation et vision prospective.»
Un profil professionnel super hyper balèze
À notre avis, les candidats répondant à ces exigences ne doivent pas se bousculer. Le descriptif du poste leur impose une expérience militante, ce qui au sens étymologique du terme n’est pas donné à tout le monde, surtout (on l’imagine) dans le domaine de la précarité et de la pauvreté. Ils doivent aussi être rompus à l’exercice de la vie associative tout en étant des «managers» doublés de «communicants» capables «d’organiser la réflexion stratégique de l’association pour les années à venir». Ben dis donc, balèze l’heureux élu !
Mais l’histoire ne s’arrête pas là car notre candidat n’est pas «n’importe qui». Oh, il n’a certes pas le profil idéal mais, bon, il aurait pu être un prétendant crédible et être reçu par ce fameux cabinet de recrutement.
Mais qui est notre candidat mystère ?
Manager : Notre candidat a 15 ans d’expérience d’encadrement en entreprises privées. Communication : Notre candidat a justement exercé toute son activité professionnelle dans ce domaine. Esprit associatif : Notre candidat est aujourd’hui Président d’une association qui compte plusieurs centaines d’adhérents et de sympathisants. Prospective : Notre candidat mène depuis près de deux ans des actions fortes et plutôt reconnues en faveur de «plus de justice sociale». Connaissance de la précarité : Notre candidat émarge à l’ASS (allocation spécifique de solidarité) depuis 2 ans et milite activement en faveur de celles et ceux qui connaissent ces difficultés.
Seulement voilà, notre candidat n’a pas fait l’affaire. Pourtant, c’est un gars super que nous connaissons bien ici : il s’agit du Président d’APNÉE/Actuchomage, votre serviteur, l’auteur de ce petit coup de gueule.
Oh, je ne cherche pas à régler mes comptes. La réponse négative d’Emmaüs n’est jamais que la énième reçue ces dernières années. On finit par se faire une raison. Non, je dénonce ici l’absurdité des procédures de recrutement qui touche même Emmaüs.
Une petite histoire sacrément révélatrice, hélas !
Dans son premier courrier, l’association sous-entend qu’une réponse rapide va être donnée au candidat ; une réponse qui mettra quand même 2 mois à venir. On peut aussi s’étonner qu’Emmaüs dépense ses deniers dans les prestations d’un cabinet conseil en recrutement (ce qui est en soi une information). Enfin, Emmaüs estime avoir mené une «étude attentive» d’une candidature sans avoir reçu le postulant (ce qui est une drôle de façon de voir les choses).
Cette anecdote résume à elle seule les difficultés que rencontrent des centaines de milliers de demandeurs d’emploi qui doivent faire face à des procédures de recrutement laborieuses (et souvent infructueuses), sujettes à caution, comme peut l’être celle d’Emmaüs, même si l’association a certainement recruté un candidat opérationnel et compétent au poste de Délégué général qu’elle proposait.
Yves Barraud - APNÉE/Actuchomage
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Commentaires
tout d'abord merci de cet article. dois je te préciser hèles qu'il ne me surprend en rien.
j'ai vécu à peu de choses prêt la même expérience que toi il y a déjà près de dix ans. Emmaus n'était pas en cause, la "société" en question était une entreprise de journaux pour SDF.
Je me suis également retrouvé face à un cabinet de conseil et je peux te dire que les éléments qui les intéressaient étaient par exemple le niveau de ma rémunération de l'époque ainsi que l'exigence de contacter tous mes anciens employeurs, dont je devais leur fournir liste complète avec noms fonctions ..
le recruteur en question m'ayant décrit son parcours comme celui d'un militaire tout juste en retraite et monneyant désormais son professionnalis me dans le monde "caritatif" (sic)
De l'aspect humain ou social, il n'en a été que très vaguement question.
les aspects salariaux, encore et toujours…
le montant du % sur les ventes …
Donc, je me suis clairement reconnu dans ton histoire.
Emmaus de par sa taille et l'ampleur de sa gestion n'est plus tout à fait une "association". Elle en a le statut, mais sa gestion dépasse de loin l'engagment des bénévoles.
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La gestion d'Emmaüs dépasse de loin l'engagement bénévole (je te rejoins là-dessus), et ça ne m'étonne pas.
Dans l'article en question, je mets justement en avant mon "professionnalis me".
Car avant d'être un bénévole/Président d'association, j'ai un parcours professionnel assez "couillu", comme dirait l'autre.
C'est la raison pour laquelle cette procédure de recrutement m'interpelle. Car Emmaüs affirme avoir mené une "étude attentive" de mon dossier (qui se résume en fait à la lecture de mon CV et de ma lettre de motivation).
C'est juste cette référence "étude attentive" qui manque, pour le coup, singulièrement de professionnalis me.
Cordialement
Yves
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Triste expérience effectivement !
Je me souviens il y a quelques mois d'une annonce parue ici même dans la rubrique "Initiatives sociales" je crois. Le titre était le suivant : Actuchomage rech. concepteur web
Je suis développeur PHP/MySQL - Webmaster. J'ai donc envoyé un mail proposant mes services à contact@actucho mage.org et je n'ai jamais reçu la moindre réponse.
J'en déduis que personne n'est parfait. Pas même le(s) responsable(s) d'un site qui traite de l'Emploi ou plutôt de ceux qui sont privés d'Emploi.
Cordialement.
Didier Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ton mail nous est sans doute parvenu mais alors là, j'en reste baba…
Ce n'est pas le genre de la maison de ne pas répondre aux nombreux courriels qui nous sont adressés, et nous mettons un point d'honneur à le faire dans les meilleurs délais.
Nous te présentons nos sincères excuses (« Pan sur le bec ! », comme ils disent dans le Canard Enchaîné).
Tu aurais du nous relancer (quitte à nous voler dans les plumes).
Bon, tu n’as pas loupé grand-chose : notre « proposition » n'était pas des plus attractives (faut l'avouer). On cherchait quelqu'un qui puisse nous donner un coup de main - bénévole - pour mettre en ligne un nouveau site.
Nous avons renoncé à cette idée (faute de temps et de moyens financiers).
Cordialement
Yves Barraud
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Yves a écrit :
Pas de pb. Je ne doute pas que mon mail vous soit parvenu car je n'ai pas eu de retour !
Je ne doute pas de votre application à répondre aux diverses sollicitations ( nombreuses à n'en pas douter ) que vous devez recevoir.
J'accèpte volontier tes excuses même si ce n'est pas ce que je suis venu chercher.
Vous relancer ? Pour quelle raison ? Vous étiez "demandeurs". J'ai proposé mes services, puisque dispo à cette période [ je ne le suis plus ]. N'ayant aucun retour, j'ai supposé que "mon profil ne correspondait pas exactement au poste.
Comme tu le sais mieux que moi, nombre d'employeurs ne prennent pas la peine de répondre aux candidatures, qu'elles soient sollicitées ou non. Ils doivent considérer que leur temps est plus précieux que celui du ou de la candidate. Sans réponse de votre part, j'ai supposé que vous pouviez, vous aussi fonctionner de la sorte.
Bref, notre différent relève du concours de circonstance. Une boulette quoi ;-)
Quant au fait de ne pas avoir loupé grand chose, comment savoir ?
Enfin bon, tout ceci n'est finalement pas si important. Je ne suis plus libre [ jusqu'à quand ? ] et tu as abandonné ton projet de nouveau site.
Pouquoi diable avoir recruté avant d'être sûr que le projet était viable ?
Il parait que c'est une pratique courante chez les "recruteurs". Ils lancent une campagne de recrutement sans avoir vraiment besoin de quelqu'un. Juste comme ça, au cas ou un besoin surgirait d'ici quelques mois, une pile de CV serait dispo dans un tirroir … Pendant ce temps, le candidat se ronge, ne comprenant pas pourquoi il n'a aucune réponse. Pratique douteuse non ?
Comme dit, plus haut, il s'agit d'une boulette et personne n'est à l'abri !
Cordialement.
Didier Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le projet reste valable (il s'agit d'un site militant sur la rénovation démocratique). Mais, effectivement, nous n'avons pas le temps - malheureusement - de le mettre en selle.
Tu sais, si nous n'avions pas sollicité les uns et les autres avant la création effective d'Actuchomage (sans savoir si nous aurions et l'énergie et les moyens de mener à bien cette mission), ce site n'aurait jamais vu le jour.
Il faut parfois provoquer le destin. Car si on attend d'être sûr de son coup… On peut attendre toute sa vie.
@bientôt.
Yves
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