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L'objet de mon chômage

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Une casserole pour dire la faim, un sac de hard-discounteur évoquant les restrictions... Des personnes ont accepté de poser avec un objet qui symbolise ce qu'ils vivent. C'est l'idée d'une association, devenue aujourd'hui un livre.

Au départ, ce n'étaient que des objets choisis par des chômeurs et envoyés par la poste. Une casserole, un téléphone, un comprimé, une bouteille de blanc, un crayon, une carte d'identité griffonnée. Des choses de tous les jours. Ces objets disent leur chômage : la faim, la communication coupée, la pilule du bonheur, l'alcoolisme endigué, l'identité niée. Les objets ont été exposés. D'anodins, ils sont d'un coup devenus «précieux». Puis est venue l'idée de les juxtaposer à leurs propriétaires. Ces couples-là «font tampon», dit la photographe Karine Lhémon. Un livre en est sorti : Objets-Chômages.

L'association «Solidarités nouvelles face au chômage» (SNC) cherchait un moyen de faire témoigner les gens qu'elle accompagne, en répondant à cette ambitieuse question : «Comment parler autrement de ce qu'on est ?» Ils ont été étonnés de la diversité des objets envoyés par leurs adhérents. «On ne voulait pas qu'ils restent dans les cartons», explique Jessica Holc, responsable de l'association, qui poursuit un autre objectif : lutter contre les clichés, les préjugés qui provoquent une telle «souffrance» chez les chômeurs. «A cette occasion l'un d'eux m'a dit : "S'exprimer, c'est prouver qu'on existe, on n'est plus un chômeur, on est à nouveau une personne"», relate encore Jessica Holc.
Certains ont refusé. Il fallait être gonflé pour poser en tant que chômeur. Ils se sont mis la main devant le visage, se sont montrés de dos. Karine Lhémon leur demandait à tous de rester dans la «neutralité». D'autres ont eu peur de «l'étiquetage à vie» de leur chômage. Les derniers, enfin, disent avoir accepté la démarche pour que les gens «changent» le regard qu'ils portent sur les chômeurs. Parce qu'on ne donne jamais la parole aux gens qui en souffrent. Parce que «celui qui n'est pas passé par là ne peut pas comprendre».

Quelle tête ont-ils, les chômeurs ? Aucune spécialement, c'est pour cela qu'ils sont là, qu'ils ont accepté de poser dans ce livre. Christine G. parle de sa «pudeur». Cette autre femme, pas «photogénique», pas toujours au «top de [sa] forme», en se voyant, dit en riant : «Je suis quand même pas Nicole Kidman.» Jean-Claude, 56 ans, trois ans de chômage et plus de 8.000 lettres de candidature, évoque le caractère anxiogène du chômage «au moins égal à un deuil». Il détourne l'attention sur son animal de compagnie. «Ma chienne, quand je recevais des lettres de refus, elle restait dans un coin. Quand je lui disais que j'avais un rendez-vous, elle faisait la folle, elle captait tout. J'avais l'impression que la charge émotive, elle la comprenait mieux que des humains.» Sur la photo, Jean-Claude trouve qu'il «fait la gueule». Sa chienne aussi.

Un livre, mais pour quels résultats ? Christine V. l'a montré à des amis. Cela ne leur a fait ni chaud ni froid. «Ç'a été terrible pour moi. Des proches l'ont ignoré, c'est une bonne claque.» Christine G. est passée à la radio, sur France Inter, pour commenter l'ouvrage. Elle dit joliment : «J'ai humanisé ma casserole.» Le livre ? Il permet aux gens d'aller vers elle, d'entamer une discussion. «Mon visage dans un livre, ça a libéré mon esprit, m'a fait franchir un pas.»
«Ce livre est sans jugement, dit Jessica Holc. C'est vous, c'est moi. A un moment dans notre vie, on peut être là.» Un bénévole a dit : «Ce sont comme des paroles silencieuses.» Certains ont très mal supporté le reflet de leur image. «Il y a quelque chose de désespéré qui se voit», convient Karine Lhémon. La photographe, habituée à l'exclusion, s'est souvent sentie «en empathie» avec ceux qu'elle photographiait. «Je suis sortie de certains entretiens complètement effondrée.» Dans le livre, elle cite Frédérique, qui lui a raconté : «Je ne fais pas partie de la France d'en bas, je suis de la sous-France, et figurez-vous que j'ai une pensée, comme il y a plus de six milliards de pensées sur cette terre.» Aujourd'hui, Jean-Claude est agent d'accueil dans une maison de retraite à Paris, Christiane continue ses entretiens, et Christine G. vient de terminer un CES dans une mutuelle agricole. «Je sais que je vais repartir en galère», dit-elle.

Editions Le Bec en l'air, 18 €. Le bénéfice des ventes ira à Solidarités nouvelles face au chômage.

Par Didier ARNAUD pour Libération

Le site de SNC et ses autres publications,

dont le magnifique DIT DE LA CYMBALAIRE de Charles Mérigot chroniqué sur Actuchomage.

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Mis à jour ( Mercredi, 12 Octobre 2005 18:53 )  

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